Sa Grace l’Évêque Ioan Casian :
La Croix comme arbre de vie – son sens au milieu du Grand Carême et le ministère sacerdotal
La Divine Liturgie du troisième dimanche du Saint et Grand Carême, appelé aussi le Dimanche de la Sainte Croix, a été célébrée à la Cathédrale Épiscopale Saint Grand Martyr Georges et Saints Épictète et Astion à Saint-Hubert, Québec, par Sa Grace l’Évêque Ioan Casian, entouré d’un groupe de prêtres et de diacres: le père Mircea Panciuk – protopresbytre émérite, le protosyncelle Maxim Morariu – ecclésiarque, le père Constantin Lupașcu, le père Adrian Manea, le diacre Valentin Boțu et le diacre Marius Constantin Popa.
Au cours de la Divine Liturgie, le diacre Marius Constantin Popa a été ordonné prêtre pour la Cathédrale Épiscopale, recevant l’appel d’accomplir pleinement l’œuvre sanctificatrice de l’Église.
Dans l’homelie prononcée à la fin de la Divine Liturgie, l’évêque a souligné plusieurs aspects importants de la période liturgique dans laquelle nous nous trouvons.
Les dimanches du Carême – des étapes spirituelles
Dès le début, le hiérarque a souligné que les dimanches du Grand Carême sont des « étapes spirituelles», des moments de repos dans un pèlerinage intérieur qui structure notre vie spirituelle :
« Chaque dimanche du Carême est une étape spirituelle. C’est un chemin, un pèlerinage que nous parcourons et qui nous offre des repères : ces dimanches orientent notre pensée, notre vie intérieure et la manière particulière dont nous vivons la vie de l’Église. Ils nous aident à approfondir notre expérience spirituelle à travers les événements que nous célébrons. Dans cette succession — le Dimanche de l’Orthodoxie, le Dimanche de Saint Grégoire Palamas et le Dimanche de la Sainte Croix — le fidèle est appelé à entrer toujours plus profondément dans le mystère de la vie du Christ et de l’Église. »
La Croix – l’arbre de la connaissance et l’arbre de vie
Parlant de la signification théologique de ce jour, l’Évêque du Canada a expliqué que l’Église voit la Croix à la fois comme l’arbre de la connaissance du bien et du mal et comme l’arbre de vie au milieu du Paradis. La Croix sur laquelle le Christ a été crucifié et sur laquelle Il est mort comme homme devient pour nous la porte du Royaume des Cieux :
« La Croix sur laquelle le Christ a été crucifié — Il est mort comme homme mais Il est ressuscité le troisième jour — est le signe par lequel nous pouvons avoir accès, dans la mesure où nous entrons personnellement dans l’expérience du Sauveur, au Royaume des Cieux. Rien ne peut se faire sans la Croix. Nous ne pouvons pas voir la Résurrection du Christ sans passer par Sa Croix. »
Le don de la Résurrection, de la rédemption et du pardon des péchés ne vient pas de nos propres efforts, mais de l’œuvre du Christ :
« Ce don de la Résurrection, ce don de la rédemption, ce don du pardon des péchés nous a été donné par la puissance du Christ, et non par notre puissance personnelle. Nous suivons l’exemple du Christ, mais Celui qui accomplit toute l’œuvre en nous est le Christ Lui-même. »
Le ministère du prêtre – un appel, non une initiative personnelle
L’homélie a été naturellement liée à l’ordination du nouveau prêtre de la cathédrale. En se référant à l’Épître aux Hébreux, l’évêque a expliqué la nature de l’appel sacerdotal :
« Tout grand prêtre, pris parmi les hommes, est établi pour les hommes dans les choses qui concernent Dieu, afin d’offrir des dons et des sacrifices pour les péchés. Le serviteur de Dieu est choisi parmi nous tous, parmi ceux qui ressentent cette vocation, s’y préparent, et que l’Église reconnaît en leur confiant, dans le Christ, le don du sacerdoce. »
L’appel au ministère n’est pas le résultat d’une auto-proclamation : « Personne ne s’attribue lui-même cet honneur. Personne ne s’élève à la dignité d’évêque, de prêtre ou de diacre par lui-même. On peut être un bon prédicateur et parler magnifiquement de Dieu, mais l’œuvre sanctificatrice de la Divine Liturgie et des Saints Mystères ne peut être accomplie que lorsque le Christ la confie dans l’Église par la grâce de l’ordination.
Cette réalité est la continuité directe de la pratique et de la vie de l’Église apostolique. Si vous parcourez le Nouveau Testament, vous verrez que telle était la pratique de l’Église depuis le commencement. Nous, comme serviteurs de l’Église Orthodoxe, ne faisons rien d’autre que vivre la même vie que l’Église des Saints Apôtres.
C’est pourquoi l’Église ne peut pas céder aux demandes du monde de “s’adapter” jusqu’à changer ses dogmes et ses pratiques essentielles. Il ne peut y avoir de compromis en matière de doctrine et de pratiques essentielles de notre foi. Si nous nous éloignons de ce que les Apôtres ont fait, nous ne pouvons plus nous appeler Église, car nous ne représenterions plus ce qu’ils ont reçu du Christ et transmis plus loin. »
Contemporains des Apôtres par le Saint-Esprit
L’hiérarque a souligné que l’Église n’est pas seulement une institution historique, mais aussi l’espace où le Saint-Esprit rend présente la même expérience vécue par les Apôtres :
« L’Église n’est pas seulement une institution historique, ni seulement un événement qui s’est produit il y a deux mille ans. Le Saint-Esprit rend présente aujourd’hui l’Église de ce temps-là. Cela fait de nous les contemporains des Apôtres : comme personnes, nous vivons à des siècles de distance, mais dans la vie de l’Église nous sommes leurs contemporains, parce qu’eux et nous vivons la même expérience dans le Saint-Esprit. »
L’appel reçu par le nouveau prêtre est donc une continuation de cette même mission :
« L’appel que reçoit le prêtre est un appel du Christ, qui l’invite à une mission et à une responsabilité : porter sur ses épaules l’annonce de l’Évangile, la communion des fidèles au Corps et au Sang du Christ pour la vie éternelle, et l’accomplissement de toute l’œuvre sanctificatrice de l’Église en Son nom, le nom du Fils de Dieu. Une fois ordonnés, nous accomplissons l’œuvre du Christ par la puissance de la grâce qu’Il nous donne, mais nous ne pouvons pas Le remplacer dans Son œuvre unique. »
« Si quelqu’un veut venir après Moi… » – les trois conditions du disciple
Commentant l’Évangile du jour selon Saint Marc — « Si quelqu’un veut venir après Moi… » — l’évêque a expliqué que suivre le Christ est un engagement libre mais très concret :
« Suivre le Christ est un choix libre : “si quelqu’un veut venir après Moi”. S’il le veut, il y a trois conditions.
“Qu’il se renonce lui-même” — cela ne signifie pas supprimer sa personne, mais renoncer aux passions et aux habitudes qui ne correspondent pas à la vie en Christ. Nous ne pouvons pas nous anéantir nous-mêmes, car nous sommes tous la création de Dieu. Se renoncer signifie éliminer progressivement, par l’ascèse et par la réception de la grâce, les passions et les habitudes contraires à la vie sainte en Christ.
“Qu’il prenne sa croix” — c’est suivre le chemin qu’a suivi le Christ Lui-même, bien qu’Il fût sans péché. Le Christ a suivi le chemin de la Croix sans péché ; la Croix n’était pas une punition pour ses péchés, mais Il l’a assumée pour nous afin que nous soyons sauvés. Prendre sa croix signifie suivre la voie du Christ, qui n’est pas une voie facile.
La vie chrétienne n’est pas forcément confortable. Si un homme sans péché comme le Christ a rencontré tant d’oppositions, imaginons combien d’oppositions nous rencontrerons, nous qui avons aussi nos péchés. La vie chrétienne n’est pas toujours la plus simple.
“Et qu’il Me suive” — cela suppose un chemin qui dure toute la vie. Le chemin que le Christ nous demande est de suivre Son exemple, car c’est l’obéissance à la volonté de Dieu le Père qui Lui a confié cette mission. Si nous suivons le Christ, nous suivons la volonté de Dieu le Père et nous participons à l’œuvre de Dieu. »
La vérité qui dérange et la liberté de la foi
L’Évêque du Canada a également montré que suivre le Christ signifie assumer la vérité, même lorsque cela provoque une confrontation avec le monde :
« Une vie de témoignage est une vie vécue dans la vérité. Et nous savons bien que la vérité n’est pas toujours facilement acceptée. Souvent elle dérange. Dieu est le Chemin, la Vérité et la Vie. La vérité que nous vivons dans notre vie signifie la présence de Dieu dans notre existence, et cela ne peut que déranger ceux que la vérité interpelle.
Même si nous ne vivons plus les persécutions brutales des premiers siècles, les pressions contre la foi demeurent. Aujourd’hui, il existe d’autres contraintes — juridiques, culturelles et sociales — qui cherchent à empêcher la manifestation libre de la foi. Dieu ne nous garantit pas nécessairement une vie plus facile, mais Il nous promet la vie éternelle. »
S’éloigner de la lumière
Pour conclure, l’évêque a utilisé l’image de la lumière pour expliquer l’éloignement de Dieu :
« On ne peut pas s’éloigner du ministere aupres du Christ et dire que l’on reste encore dans l’Église. C’est comme si l’on s’éloignait d’une source de lumière. La lumière reste au même endroit ; c’est toi qui t’éloignes de plus en plus dans l’obscurité. Dieu ne te fait rien ; c’est toi qui t’éloignes de Sa lumière. »
L’homme qui vit dans la présence de Dieu a la conscience en paix ; l’inquiétude apparaît lorsque la relation avec Dieu se brise. L’homme qui vit en Dieu n’a pas ces tourments de conscience, parce qu’il sait que Dieu est présent. Au moment où l’on commence à s’éloigner, la conscience commence à nous troubler, car elle sent que le fondement sur lequel l’homme a été créé — la foi, l’œuvre de Dieu, Sa grâce — n’est plus là. »
La Croix au milieu du Carême – un encouragement à avancer
En concluant son homélie, l’Évêque du Canada a rappelé que nous sommes au milieu du Grand Carême et que le Dimanche de la Sainte Croix est placé précisément à cet endroit pour nous fortifier et nous encourager :
« Nous sommes, en quelque sorte, proches de la moitié du Grand Carême. Le Dimanche de la Sainte Croix se trouve au milieu du Grand Carême, comme l’arbre de vie était au milieu du Paradis. La Croix du Christ est l’arbre de la connaissance du bien et du mal qui nous propulse plus loin dans ce pèlerinage vers la Semaine Sainte — vers l’Entrée à Jérusalem, la Passion, la Crucifixion, la Mort, l’Ensevelissement, et finalement vers la joie de la nuit de la Résurrection, lorsque nous proclamons : Le Christ est ressuscité !
Le Grand Carême est un parcours ascétique et spirituel, un chemin d’effort et de communion avec Dieu qui nous conduit vers Sa Résurrection. »
Dans cet esprit, les fidèles ont été encouragés à poursuivre leur montée spirituelle du Carême, en gardant les yeux fixés sur la Croix du Christ, « l’arbre de vie » placé au centre de l’Église et de chaque vie chrétienne.
(notes par Moniale Ana Bulgariu)








