Réflexions sur les préliminaires de l'éternité
- amour, labeur et humilité -
« Celui qui aime les autres choisit le labeur et l'humilité, étrangers au plaisir du confort et de la vaine gloire, étranger aux plaisirs corporels et amant le sacrifice pour un autre accompagné de douleur – dit Père Stăniloae commentant un texte de St. Maxime le Confesseur. Car c'est ainsi que le Fils de Dieu, incarné en tant qu’homme, nous a donné pouvoir ceux-là, nous unissant à Lui et nous préparant à l'union parfaite avec Lui-même, dans la vie éternelle (...). »[1]
Père Stăniloae, inspiré par la pensée patristique de synthèse de St. Maxime le Confesseur, nous rappelle l'exemple ou le paradigme de la vie chrétienne dans toutes ses dimensions, qui est celle du Fils de Dieu incarné. Le Verbe de Dieu s'est incarné pour nous et pour notre salut, Lui-même n'en ayant pas besoin. Mais Il a considéré qu'il était plus important de se glisser à l’intérieur de nos vies, de se faire la vie de nos vies, de nous redonner notre souffle intérieur et la force d’une vie ressuscitée et transfigurée qui nous fait ressembler à Lui-même. La Parole de Dieu a choisi de se faire semblable à nous, bien qu'Il n'en ait pas eu besoin. Il a fait cela uniquement pour voir l'homme et sa création restaurés dans la beauté et la clarté du début. Il a plutôt choisi l'union avec la nature humaine affaiblie et fatiguée, l'assumant de l'intérieur libre et sans péché, afin de la rendre comme un levain qui renouvèle notre existence.
Si nous croyons que nous sommes faits à l'image et à la ressemblance de Dieu, cela signifie que nous devons marcher dans la voie ouverte par Celui selon lequel nous sommes faits. Donc, suivant notre modèle le Christ, nous comprenons que la raison de nos choix ne réside pas en nous mais dans notre prochain. C'est l'exemple que le Créateur nous donne à travers l'incarnation de son Fils. L’amour au sens chrétien signifie labeur, humilité et sacrifice. Cela signifie se dévêtir de soi-même et s'envelopper de l'autre comme le Christ l'a fait. Ceci est en totale contradiction avec les propositions séculaires de la société d'aujourd'hui qui nous enseigne l'autopromotion indécente, le souci trop égoïste de garder avec parcimonie ce que nous pensons avoir ou avoir acquis. L'exemple de la pandémie d'aujourd'hui met en évidence la fragilité de notre existence et la précarité des projets faits sans tenir compte de la persévérance et de la constance dans la vocation et les dons que Dieu a plantés en chacun de nous.
Le labeur est le courage de s'engager dans un effort spirituel qui ouvre la voie. Les maîtres sont ses saints parce qu'ils ont déjà parcouru cette voie. C'est l'intrépidité de détacher le navire ou le bateau du port dans lequel il a été construit ou abrité pour tenter la joie des accomplissements et la science pratique de l'art de la voile ou on peut rencontrer des jours sereins ou plus sombres, sans vent ou plus orageux, qui vous raffermi et vous obligent à œuvrer avec ardeur, à trouver parfois de bonnes solutions, parfois de moins bonnes, à subir des défaites passagères de votre propre égoïsme à cause des routes que vous avez suivies et qui ne vous ont pas toujours emmenées là où vous vous êtes imaginé ou planifié. Ce travail est celui de préserver la foi contre les « évidences séculières » qui ne semblent pas lui être favorable.
L'humilité est la conscience que Christ Dieu a été le premier à tracer le nouveau chemin que vous avez commencé et qu'il est Celui qui est à vos côtés à chaque instant pour obtenir des conseils, de l'aide et des encouragements. Il fait tout cela parce qu'il est l'Architecte divin qui a jeté les bases de notre monde et de notre vie. L'humilité est la conscience que notre propre origine et notre propre vocation ne se trouvent pas en soi mais dans la volonté et la grâce de Dieu qui inspire tout.
L'amour comprend le courage et l'audace de la démarche qui crée des chemins et des ponts entre soi-même, Dieu et le prochain mais aussi la bonté et la docilité / douceur / patience d'attendre pour ressentir la parole inspirée de l'Esprit qui prend soin de tous et guide tout. Cet amour ne prend plus en compte les exhortations aux plaisirs mondains, ni les craintes des douleurs qu'il peut rencontrer en parcourant ce chemin car c'est avant tout le sentiment de sacrifice désintéressé et plein de générosité dont l'incarnation est le Christ. L'amour place la raison d'être ou d'agir dans le besoin de l'autre. La raison d'être de la Parole de Dieu incarnée était le besoin de salut de l'homme. L'incarnation ne s’est pas faite à cause d'un quelconque besoin de Dieu. Elle s’est faite à cause du besoin de l'homme pour la restauration, la transfiguration et le salut. La Parole de Dieu a choisi le labeur corporel contre la souffrance et la mort de l'homme et pour son salut. En fait, le sens éternel de l’homme le Christ l’a commencé dans le temps. « Afin de rompre la chaîne de transition des plaisirs aux douleurs et vice versa, dans laquelle le temps donné à l'homme sur terre et l'histoire donnée à l'humanité bougent et qui, en fait, fait manquer au temps de l'homme et à l'histoire humaine le sens, le Fils de Dieu est devenu homme en l'histoire, en tant que telle, a montré son utilité comme lieu de préparation de l'éternité, sans affections ni passions humaines. Il a montré que l'homme peut progresser grâce à l'effort de surmonter cette chaîne vers le repos spirituel au-delà du temps pour que l'humanité tout entière puisse avancer vers elle. Grâce à cela, le temps et l'histoire prennent un sens. »[2] La venue dans le temps du Fils de Dieu par l'incarnation donne au temps et à l'histoire, à la vie humaine, un sens au-delà dialectique séculière de la douleur et du plaisir. L'union avec la nature humaine de la divinité dans la Personne divine de la Parole de Dieu prépare une union plus complète dans le royaume des cieux. Le Fils de Dieu à travers l'incarnation est devenu la semence pour l'accomplissement complet de l’homme dans le repos spirituel de l'éternité du royaume de Dieu. Il y a un progrès de l'expérience mystérieuse mais réelle du royaume de Dieu dans l'Église dans la Divine Liturgie à l'expérience de la pleine présence du royaume de Dieu dans l'éternité. Il y a une cohérence entre notre monde et l'homme ici et le monde de l'éternité de Dieu et la condition de l'homme dans l'éternité.
†Ioan Casian
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[1] Dumitru Stăniloae. Études de théologie dogmatique orthodoxe. Craiova: Ed. Metropole d’Oltenia 1991, p 43
[2] Idem p 41
Photo: Ziarul Lumina








