† IOAN CASIAN
par la miséricorde de Dieu
Évêque du Diocèse Orthodoxe Roumain du Canada
Au Clergé bien-aimé et aux fidèles orthodoxes,
paix et joie du Christ Seigneur,
et de nous la sainte bénédiction.
Mais à tous ceux qui l'ont reçue, à ceux qui croient en son nom,
Il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, lesquels sont nés,
non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l'homme, mais de Dieu.
(Jean 1, 12-13)
Révérends Peres,
Fidèles bien-aimés,
Le Christ est ressuscité!
Nous célébrons la fête de la joie et de la lumière, la Fête des fêtes. L'Église orthodoxe se réjouit de la victoire sur le péché et sur la mort de Celui qui est «le commencement, le premier-né d’entre les morts, afin qu'Il soit le premier en toutes choses» (Colossiens 1: 18)
«Célébrons l’anéantissement de la mort, la destruction de l’enfer, le commencement d’une vie nouvelle et éternelle, et dans la joie chantons celui qui en est l’Auteur, le seul Béni, le Dieu de nos pères, le très Glorieux »[1], s'exclame l'un des tropaires du canon de la Résurrection.
Pourquoi cette joie triomphante et libératrice?
L'Écriture Sainte parle de la création de l'homme selon l’image et la ressemblance de Dieu.[2] La personne humaine devait être le reflet de Celui qui est invisible et sans limite dans la création faite par Lui. Tout le monde était censé contempler dans l'autre la joie de l'image de Dieu et la beauté des actions sur le chemin de la ressemblance. Mais l'harmonie profonde et l'unité de cette première création s’effondreront par la tentation du malin et la désobéissance à la parole de Dieu qui apportera la peur, la honte[3] et finalement la mort. L'unité profonde des hypostases humaines se brisera et l’orgueil propre, la fierté, la lutte pour la survie et autres passions deviendront le quotidien de l'homme. L'Ecriture Sainte présente dans son histoire cette ambivalence de la création - sa beauté intrinsèque comme reflet de la providence de Dieu, mais aussi sa misère à cause du péché.
Alors, qu'est-ce que la nuit sainte de Pâques signifie pour nous, chrétiens orthodoxes, et pour toute l'Église,?
Le salut Christ est ressuscité! synthétise déjà la bonne nouvelle d'un monde nouveau, d'un monde meilleur, en pleine communion avec Dieu. Dans la nuit radieuse de la résurrection, la tristesse de la mort et de l’éloignement de Dieu est chassée parce que «le Christ ressuscité donne de ses deux mains sa victoire à chacun de nous»[4] dit saint Nicolas Velimirovitch. Dans la nuit de la résurrection, l'homme est appelé de la mort à la vie; il lui est donné la puissance victorieuse de la lumière incréée et rationnelle du Christ, contre le temps chaotique des ténèbres, de l'impuissance et du désordre. Notre humanité restaurée dans le Christ ressuscité s’ouvre de nouveau au transcendant et à l'eschaston, se faisant pour chacun levain pour la restauration, le renouveau et la transfiguration. Nous sommes de nouveau placés dans la condition de pouvoir devenir fils et filles[5], enfants de Dieu par la grâce et «concitoyens des saints, gens de la maison de Dieu». (Ephésiens 2:19)
Nous pouvons nous demander: quel est le chemin par lequel nous pouvons trouver notre vocation primordiale? Le Christ se donne à nous. Mais comment le pouvoir de Sa résurrection œuvre-t-il en nous? Comment la victoire de Christ ressuscité devient-elle notre victoire? Comment pouvons-nous retrouver la ressemblance avec le Créateur?
Saint Basile le Grand nous montre la dynamique intérieure à travers laquelle l'image et la ressemblance de Dieu travaillent dans l'homme pour sa restauration, sa croissance et le développement spirituel:
"Dans notre structure initiale - dit le père Cappadocien – est présente et existe notre venue à l'existence, à l'image de Dieu. Par libre choix, nous sommes conformés à ce qui est selon la ressemblance de Dieu. Et ceci est en accord avec le libre choix: ce pouvoir existe en nous, mais nous le mettons en œuvre à travers nos actes. ... Et en nous donnant le pouvoir de devenir comme Dieu, Il nous a laissés être les artisans de la ressemblance avec Dieu afin que la récompense pour l'œuvre soit la nôtre."[6]
Saint Basile parle ici de l’harmonisation du travail intérieur de l’image comme don de Dieu donné à l'homme avec la ressemblance comme réponse libre et conscient de à ce don à travers l’action théandrique dans l'Église.
L’Evangéliste Jean ajoute deux éléments essentiels – l’accueil du Christ et la foi en Lui[7] - qui nous aident à comprendre la façon dont la personne humaine entre dans la dynamique de la renaissance en Dieu. La accueil de Dieu restaure le lien primordial entre l'homme et Dieu. Les portes de l'âme humaine s'ouvrent pour recevoir le Créateur. La joie de l'amitié éternelle montre son aube. Le 'Soleil levant' envoie ses rayons pour briser l'abîme des ténèbres. La foi en son nom demeure l'élément de permanence qui garde ouverte la possibilité de rendre ce voyage authentique. La foi maintient la logique de l'homme éclairé dans les choix qu'il fait en garantissant leur authenticité.
Voici comment le grand cappadocien comprend à nouveau le rôle de l’accueil de Dieu et la foi en Lui: «Car j’ai ce qui est selon l'image (de Dieu) en étant un être rationnel, mais je me conforme à la ressemblance (de Dieu) en devenant chrétien».[8] Recevoir Dieu signifie assumer librement la condition rationnelle de l'homme tandis que la foi en son nom rapproche plus de l'ethos chrétien. Le Christ ressuscité est la solution au problème du péché et de la mort. L'homme se revêt du Christ en vivant la vie de Dieu dans sa profonde intimité. La volonté de Dieu devient sa volonté. Ainsi, chaque personne ne renaît pas selon le modèle d’une idéologie humaine immanente, mais selon la forme de la vie éternelle inspirée par le Saint-Esprit. La naissance à la nouvelle vie n'est plus «du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l'homme, mais de Dieu.» (Jean 1, 13). L'homme retrouve sa vocation primordiale à travers l'unité intérieure de l'esprit et de la raison, qui se reflète davantage dans les faits.
Mes bien-aimés,
Nous nous trouvons dans l’Année anniversaire de l'unité de la foi et de la nation et l'Année commémorative de ceux qui ont fait l’union de la Roumanie en 1918. Ce centenaire a une valeur symbolique particulière pour les croyants roumains de notre diocèse. La foi chrétienne et l'Eglise ont été présentes depuis l'aube du peuple roumain et de notre identité chrétienne par la prédication de l’Apôtre André sur le territoire de Dobrogea d’aujourd'hui. La foi orthodoxe et l'Église ont gardé l'unité et la conscience d'une origine commune de la foi et de la nation. L’ethos commun façonné par celles-ci l'ont emporté sur les difficultés résultant de la situation géographique, de la rencontre des cultures latine, grecques et slaves et des traditions orthodoxes, catholiques et protestants. L’identité et l'unité roumaine est basée sur ce que Père Dumitru Stăniloae identifie comme le fondement de toute l'Eglise orthodoxe « Jésus-Christ lui-même avec son corps sacrifié et ressuscité dans ses profondeurs. ... L'unité de l'Église ... est une unité ontologique et spirituelle dans le Christ et dans le Saint-Esprit."[9]
Certainement le moment 1918 a été un accomplissement et un apogée. Mais ce moment d'unité de la foi et de la nation n'aurait pas été possible sans des saints comme : l'apôtre André, le protecteur de la Roumanie, Efrem ou Teotim évêques de Tomis, Epictet et Astion, Filofteia de Curtea de Arges, Jean Cassien, Paisie de Neamt ou Nicodème de Tismana, Paraskeva de Iasi ou Theodora de Sihla, Ghelasie de Ramet ou Sava Brancovici; sans les rois croyants comme : Constantin Brâcoveanu, Neagoe Basarab et Etienne le Grand de Moldavie; sans Dosoftei et Varlaam métropolites de Moldavie, Joseph le Nouveau de Banat, Antim et Gregoire de Valachie, Andrei Saguna de Transylvanie et beaucoup d'autres. Ajoutons ici Sofronie métropolite de Moldavie et Nifon métropolite de Valachie, l’évêque, le métropolite et le premier Patriarche de la Grande Roumanie Miron Cristea et le roi Ferdinand I. Voici, ce nuage de témoins qui par la foi, la vie et les paroles ont fondé et entretenus fidèlement l’unité de la foi et de la nation. Dans le même esprit d'unité, ajoutons ici nos prédécesseurs sur le continent nord –américain – les évêques Polycarpe et André, l’archevêque Victorin et l’archimandrite Vasile Vasilachi pour ne citer que quelques-uns. Par leur sacrifice, ils se sont rendu semblable au Christ parce que «il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis.» (Jean 15, 13).
L'événement historique de l'établissement du Diocèse Orthodoxe Roumain du Canada est une occasion renouvelée pour une mission accrue et un témoignage de la foi dans un esprit apostolique d’unité, sainteté et catholicité. Prenons l'exemple des saints et des témoins que nous avons mentionné ici car ils sont guide sûrs et sages pour la sauvegarde de l'unité dans la foi et comme nation à travers les tempêtes de ce monde, vers le havre de la paix que nous poursuivons tous - c'est-à-dire le royaume de Dieu et le salut de nos âmes.
Devenons nous-mêmes fiers porteurs de cette tradition vivante d’une Eglise apostolique, présente par confession, une Eglise prophétique inspirée par le Saint-Esprit pour notre temps.
À l'occasion de la fête de la Résurrection du Seigneur, nous remercions tout le clergé et les fidèles du Diocèse Orthodoxe Roumain du Canada et leur souhaitons unité, joie spirituelle, santé, paix et bénédiction de notre Seigneur Jésus-Christ.
Christ est ressuscité!
Votre frère dans la prière à Dieu,
† IOAN CASIAN
Saint-Hubert/Montréal 2018
[1] 7eme Ode
[2] Genèse 1, 26 – 27
[3] Genèse 3, 6 - 10
[4] Homélies sur les Evangiles des dimanches et jours de fêtes. Ed. L’Age d’Homme, Lausanne, Suisse 2016, p 230 – 231
[5] 2 Corinthiens 6, 17 - 18
[6] Sur la condition humaine. (Première Homélie 1.6) St Vladimir’s Seminary Press: Crestwood, New York 2005, p 43 - 44
[7] Jean 1, 12
[8] ibidem note 6
[9] Théologie Dogmatique. (vol 2) Ed. EIBMO: Bucarest 2010, p 269 - 270








