Sa Grâce Ignatie - l’Évêque de Huși
“La croix - signe de l’amour pour celui qui souffre et qui est étranger ”
La série des Conférences du Grand Carême - À travers les portes de la repentance vers la joie de la Résurrection organisée par le Diocèse Orthodoxe Roumain du Canada avec la bénédiction de SG Mgr Ioan Casian, a continué ce troisième dimanche du Grand Carême avec un invité spécial, SG l’Évêque Ignatie (Évêché de Huși). SG Ignatie a tenu la conférence intitulée La Croix - signe de l’amour pour celui qui souffre et qui est étranger. La prière initiale a été prononcée par SG Mgr Ioan Casian et la bénédiction a été donnée par SE Métropolite Nicolae, l’Archevêque Orthodoxe Roumain des États Unis et le Métropolite Orthodoxe des deux Amériques.
La Croix comme amour du prochain
C’est un lieu commun de comprendre la Croix dans une version douloureuse, comme étant une souffrance qu’on doit assumer et expier. Celle-ci est une perspective réductionniste qui ne se retrouve pas dans la littérature patristique orientale, dans laquelle on n’identifie pas la Croix avec la souffrance. La Croix ne signifie pas seulement souffrance, mais aussi l’amour absolu, comme l’affirme St. Jean Chrysostome : « La Croix est la preuve manifeste de l’amour de Dieu. »
Pour beaucoup de personnes, la Croix représente plutôt une résignation fataliste. Au contraire, porter la Croix devrait être une appropriation responsable pleine d’amour. Comprendre la Croix comme étant amour représente une compréhension plus profonde de la vie, si elle est regardée comme signe de l’amour parfait de Dieu pour nous. Le Christ a souffert pour nous dans Son Amour, par conséquent il ne s’agit pas d’impuissance ou d’une fatalité, comme s’Il n’avait eu d’alternative que de faire la volonté du Père. Par Sa liberté, le Christ nous a aimé jusqu’à la Croix. Dans Sa souffrance Il est Celui qui nous offre Son amour, Il nous aime, même si nous ne méritons pas cette amour.
L’Amour du Christ n’est pas du type « do ut des » comme celle humaine
Nous comprenons l’amour plutôt dans le sens du proverbe latin, do ut des[1] : « je t’aime seulement si tu m’aimes ». Mais si tu me critiques, si me calomnies, si tu me fais du mal, je ne t’aime plus. L’amour humain est comme cela. Le Christ ne nous aime pas de cette manière, mais avec un amour responsable, qui embrasse toute l’humanité. Nous ne pouvons pas assumer comme il faut l’amour ni pour une seule personne, dans le sens de porter une souffrance consciente par amour.
La souffrance du Christ est absolue, car elle contient l’amour pour nous. Surtout quand nous ne le méritons pas, car au pied de la Croix Il a reçu de la part des hommes uniquement des ironies, des calomnies et de l’ingratitude. La plus grave calomnie a été celle de Lui demander de descendre de la Croix, c’est-à-dire de faire un miracle, d’enlever les clous et de Se Sauver pour prouver qu’Il était le Fils de Dieu. La logique du Christ a été, par contre, complétement différente. Il s’est humilié, il a caché Sa Gloire, Il s’est montré devant nous comme un homme soumis à la douleur, comme le disait Isaïe, car Il nous aimait. Il était la douleur incarnée pour toute l’humanité crucifiée sur cette Croix qui devient le symbole de l’amour parfait.
Christ l’étranger
Le Christ qui nous fait part de Son amour est en même temps un étranger, dans le sens qu’Il a été perçu comme un étranger entre les siens. On ne peut pas haïr quelqu’un sans avoir pris une distance au préalable par rapport à lui. Il y a un fragment évangélique où le Christ est décrit comme un étranger, lorsqu’Il accompagne les deux disciples, Luc et Cléopas sur le chemin vers Emmaüs. Il avait l’air de ne pas connaitre les évènements qui avaient eu lieu le Vendredi Saint à Jérusalem. Mais le Christ est le premier étranger qui vient dans la proximité de notre vie pour débloquer notre inertie et les limitations de notre âme où Il entre avec une grande délicatesse. Lorsqu’ils parlent avec cet Étranger, les disciples remémorent leurs émotions intenses de ces derniers jours ayant les cœurs brulants. La Croix devient maintenant le signe de l’amour de cet Étranger.
Dans Sa passion, le Christ n’a pas été un superman, mais Il a souffert tout comme un homme, mais Son humanité a été pénétrée par l’énergie de son amour divin. Il a prié Dieu que Sa volonté soit faite, mais pas la Sienne. Non pas d’une manière implacable, mais de manière libre et avec un amour et une liberté de l’être. L’amour fait partie de l’ADN de la souffrance. Notre souffrance et notre aptitude au sacrifice sont à la mesure de l'amour que nous avons, nous souffrons et nous nous sacrifions autant que nous aimons. Nous pouvons connaître cela quand nous aimons quelqu’un et quand nous supportons un chagrin qui arrive à cette personne. La souffrance la plus difficile n’est pas la nôtre, mais celle de nos prochains. Pour un malade, rien ne se compare avec l’amour du prochain. Quand on se trouve dans la situation de vivre la souffrance de l’autre on comprend le mystère accompli par le Christ sur la Croix. Comme le dit Evdokimov aussi “la souffrance est le pain que Dieu a toujours partagé avec les hommes et qu’Il partagera jusqu’à la fin du monde.” Sur cette voie, l’homme est accompagné par le Christ, qui est mort par amour. Le Christ n’a pas été crucifié par la haine et par la malice du monde, mais par Son amour pour nous. Il a vaincu la mort et Il est mort parce qu’Il nous a aimé de manière absolue. Cet amour Lui a donnée la force pour vaincre la mort et le péché.
La conférence s’est terminée par une série de questions et réponses liés au thème présenté et par une prière de clôture.
SG Mgr Ioan Casian a remercié SG Mgr Ignatie pour la conférence, SE le Métropolite Nicolae, les prêtres et les croyants qui ont participé à l’évènement, l’équipe Doxologia.ro, l’équipe Ortodoxia Tinerilor et les paroisses du Diocèse qui ont diffusé en direct la conférence, au père Nicolae Codrea, le modérateur de l’évènement, madame Dana Bochiș pour le design, Stefan Athenagoras, le coordinateur de communication et tous ceux qui ont rendu possible cet évènement.
[notes prises par le père Dragoș Giulea, PhD// traduction: Oana Calen]
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[1] expression en latin qui indique le principe du juste retour dans droit romain pour indiquer une relation donnant-donnant








