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Lettre Pastorale à l’occasion de la fête de la Ressurection de Notre Seigneur, 2020

Catégorie : Headlines
Publication : 15 avril 2020

† IOAN CASIAN
par la miséricorde de Dieu
Évêque du Diocèse Orthodoxe Roumain du Canada

Au Clergé bien-aimé et aux fidèles orthodoxes,
paix et joie du Christ Seigneur,
et de nous la sainte bénédiction.

Saisies de frayeur, elles baissèrent le visage contre terre ; mais ils leur dirent :
Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ? Il n'est point ici, mais Il est ressuscité.
Souvenez-vous de quelle manière Il vous a parlé, lorsqu'Il était encore en Galilée.
(Luc 25, 5-6)

Révérends Peres,
Fidèles bien-aimés,

Le Christ est ressuscité !

« Voici le jour que fit le Seigneur, qu’il soit pour nous jour de fête et de joie ! » (Psaumes 117, 24), dit l'un des stichères des Matines de Pâques. C'est la nuit sainte et bénie de la résurrection de notre Seigneur Jésus-Christ. Il existe d'innombrables textes dans lesquels les Saints Évangélistes nous donnent le témoignage des apôtres, des femmes myrrophores et des autres disciples qui ont rencontré le Christ ressuscité. Et saint Jean l'Évangéliste conclut: « Mais ces choses ont été écrites afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu'en croyant vous ayez la vie en son nom. » (Jean 20, 31). Tous ces témoignages nous raffermissent dans la foi au salut venant du Fils de Dieu mort et ressuscité.

Dans l'un de ces témoignages (Luc 24, 1-10), les femmes myrrophores, sachant ce qui est arrivé au Seigneur, c'est-à-dire Sa mort et Son enterrement précipité à cause du jour du sabbat, le premier jour de la semaine, tôt le matin, elles viennent hâtivement au tombeau pour accomplir les choses dues à un mort selon la tradition de l'ancienne loi. Bien qu'elles aient bien connu le Christ, aient vu les guérisons et cru en Lui comme le Messie à venir, elles ne semblaient pas avoir pleinement réalisé la signification du moment historique qu'elles vivaient. Cela devient encore plus évident si nous considérons également la rencontre du Christ avec Luc et Cléopa sur le chemin d'Emmaüs (Luc 24, 18), avec Marie-Madeleine dans le jardin de Gethsémani (Jean 20, 14) et leur difficulté à le reconnaître. À cela s'ajoute la préoccupation des femmes myrrophores par rapport au retrait de la pierre de l’entrée du tombeau (Marc 16, 3). La routine de leur vie quotidienne ne semble pas avoir changé avec rien par rapport à ce qu'il était normal de faire selon la logique humaine. Et pourtant, cela changera de manière surprenante mais non inattendue: « Car Il [Seigneur] enseignait ses disciples, et Il leur dit: Le Fils de l'homme sera livré entre les mains des hommes; ils Le feront mourir, et, trois jours après qu'Il aura été mis à mort, Il ressuscitera. Mais les disciples ne comprenaient pas cette parole, et ils craignaient de L'interroger » (Marc 9, 31-32). Un événement spécial s'est produit. Jésus ressuscite le troisième jour des morts comme Il l'avait annoncé et le tombeau reste vide.

Nous pouvons faire un parallèle entre notre situation et celle des femmes myrrophores. Nous nous engageons chaque jour dans une vie quotidienne que nous ne réalisons pas toujours. Nous allons travailler, nous retournons dans la famille, nous nous occupons des enfants, nous sommes peut-être intéressés par les plus nécessiteux d'entre nous, nous allons même à l'église et faisons ce que nous avons appris à faire.

Nous pouvons cependant nous poser quelques questions étant donné ce qui est arrivé aux femmes myrrophores: que signifie vraiment le tombeau vide pour nous? Quelle est notre vraie quête? Poursuivons-nous vraiment une recherche authentique? Ou nous en tenons-nous à l’habitude qui nous emprisonne dans la routine quotidienne? Que pouvons-nous faire pour ne plus chercher le Christ ressuscité là où Il n'est plus? Y a-t-il cette rencontre entre nous et le Christ ressuscité qui renverse notre routine?

« Le Verbe de Dieu vit éternellement et par Sa propre nature est la vie – dit St. Cyrille d’Alexandrie. Pourtant, quand Il s'est humilié et s'est dépouillé de Soi-même, se faisant comme un de nous, Il a goûté la mort. Mais cela s'est avéré être la mort de notre mort, car Il est ressuscité des morts pour être le moyen par lequel non pas tant Lui-même mais plutôt que nous pourrions regagner l'incorruptibilité. Que personne ne cherche parmi les morts celui qui vit éternellement. Mais s'Il n'est pas ici, avec la mortalité et dans le tombeau, où est-Il alors? De toute évidence, dans le ciel et dans la gloire divine. »[1]

Le saint Père de l’Église d'Alexandrie répond à nos questions et à notre recherche en tant que chrétiens, en précisant au moins deux choses importantes. Premièrement - Christ est le Fils de Dieu et la vie éternelle elle-même. Par amour pour l'homme, à travers la descente de sa transcendance, Il devient l'un de nous sauf le péché (Hébreux 4, 15). Il goûte la mort en tant qu'homme, Lui qui est la vie éternelle, mais une mort qui devient le dispensateur de la vie éternelle et le ferment d'une humanité renouvelée. La mort de Christ signifie la mort de notre mort. C'était la manière par laquelle Dieu pouvait à nouveau donner à l'homme la possibilité de l’incorruptibilité. Deuxièmement - Celui que nous cherchons, le Christ mort et ressuscité, n'est plus ici de la manière que nous nous attendions. St. Cyrille dit que le Christ est « au ciel dans la gloire divine ». Sa nature humaine transfigurée devient l'ancre à travers laquelle Il peut nous porter au-delà dans le Saint des Saints au sein du Père, c'est-à-dire dans le royaume de Dieu.

Les femmes cherchaient comme nous, un Jésus limité, palpable et circonscrit à son humanité qu'elles avaient connue. Mais comme le disent les récits des Saints Évangélistes, le Christ Sauveur n'est plus physiquement présent comme tout le monde s'y attendait, y compris les femmes myrrophores. Le Christ, même s'Il a subi la mort corporelle, elle n'avait pas la même signification que la nôtre.

Nous sommes, comme les femmes myrrophores, circonscrits dans le temps et l'espace mais nous recherchons l'Éternel dans le « naturel de nos limites ». Nous combattons la limite de la mort physique et la fragilité de nos vies. Le soir de Pâques, le chrétien vient trouver le tombeau vide du Christ, l'homme circonscrit. L'Évangile de la résurrection (Matthieu 28, 1-16) ne fait qu’annoncer de nouveau cet antique et nouveau miracle. La vie corporelle de Jésus et la nôtre se termine ici, mais elle continue de s'accomplir d’une façon parfaite dans l’au-delà par Lui. Le corps de Christ disparaît du tombeau parce qu'il est déjà au ciel. Il ne pouvait pas être emprisonné par la mort parce qu’Il est la vie éternelle.

Dans la nuit de Pâques, le chrétien comprend d'après le récit évangélique que l'absence du corps du Christ le Sauveur est guérissante, bienfaisante et pleine d'espérance. Il est remplacé par le Christ ressuscité qui abolit les limites de la mort. Le chrétien comprend que sa vie n'est plus prisonnière de la mort, mais qu'elle trouve un nouveau point de départ pour une manière divine d'être. L'absence matérielle du corps de Jésus fait ressentir au chrétien une autre présence supérieure qui le conduira à l'humanité transfigurée du Sauveur Jésus-Christ dont nous parle St. Cyrille d'Alexandrie et qui n'est plus limitée par le monde déchu et passionnelle. Le chrétien comprend que, grâce à l'œuvre du Fils de Dieu, une autre réalité s'ouvre devant lui - celle du Royaume des Cieux.

À travers quoi cette nouvelle réalité fait-elle sentir sa présence et opère-t-elle un changement pour nous?

« La Divine Liturgie - dit le Père Staniloae - peut être également considérée pour les gens comme un moyen de transcender de la vie fermée dans l'égoïsme et dans le monde à la vie de communication en Dieu la Trinité, ou d'amour, même quand nous demandons dans les prières les biens nécessaires à la vie terrestre, comme conditions en vue de la préparation pour le Royaume de Dieu. (...) C'est donc cela que nous apprenons pendant la Divine Liturgie: transcender ou s’élever au-dessus de nos intérêts égoïstes et corporels qui nous lient au monde et notre union dans l'esprit de sacrifice avec le Christ et, à travers Lui, avec le Père dans le Saint-Esprit. Et en nous unissant tous dans la communion de la Sainte Trinité, nous renforçons la communion entre nous. »[2] 

L'Église est constituée dans la Divine Liturgie et ses bras sont les Saints Sacrements. En tant qu'Église, nous vivons dans la Divine Liturgie le chevauchement et l'interférence des deux plans - de la vie éternelle et de la vie terrestre renouvelée.[3] Nous vivons à la fois le paradoxe de la réalité matérielle quotidienne mais aussi celui de la présence mystique mais réelle du royaume éternel auquel nous tendons. L'Église est la même toujours et complètement nouvelle à chaque fois. L'homme dans la Divine Liturgie se transcende lui-même en passant de la vie limitée par la corruptibilité et la passion à une nouvelle vie modelée sur les vertus divines infinies. L'égoïsme et la passion rend l'homme à l’image du monde corruptible et relatif. La vie quotidienne de l'homme est une communion horizontale qui emprisonne l'homme dans le monde matériel et relatif. Dans la Divine Liturgie, l'homme est conduit à autre chose, à la communion infiniment riche et nouvelle par le Christ avec le Père et le Saint-Esprit. La vie de l'homme commence à être façonnée à l’image de Dieu entrant en communion avec la Sainte Trinité et les autres personnes.

« Principalement l'Eucharistie est donnée pour la vie éternelle, donc pour l'élévation au-dessus de la vie terrestre »[4] - dit le Père Staniloae. L'Eucharistie, qui est le Corps et le Sang du Christ, nourrit notre croissance et notre renouveau avec le mystère du Royaume éternel. Nous partageons l'humanité ressuscitée du Christ. Progressivement, notre nature humaine est transfigurée par la coopération de notre volonté avec la grâce reçue dans la Sainte Communion, qui diminue, voire abolit l'égoïsme personnel et le repli sur soi. Notre vis-à-vis fondamentale ne sont plus des préoccupations matérielles mais Dieu - Père, Fils et Saint-Esprit - verticalement et mon prochain horizontalement. Les références humaines sont personnelles et non matérielles. Dieu et notre prochain sont deux transcendances qui ne sont pas de même nature mais qui nous fournissent un espace vital rempli d’une authentique, naturelle et simple manière de se relier. Nous restons ainsi dans une relation dynamique renouvelée en permanence avec Dieu et avec notre prochain. Nous cherchons Dieu et notre prochain à chaque fois et nous sommes surpris par la nouveauté inattendue des deux. Dieu et ceux qui nous entourent deviennent chacun un transcendant intime et immédiat. Nous cherchons dans celui d’côté chaque fois l'image renouvelée de Dieu et par cela nous cherchons Dieu lui-même.

L'archimandrite Vasile Vasilachi capture très bien l'unité de notre monde en Dieu.

« Pour nous, les gens, il y a un passé, un présent et un avenir sous le voile de l'éternité. (...) Le passé a une base divine de création, de sorte que le présent et l'avenir reposent sur ces bras éternels de la Divinité, sous le voile de l'éternité. Pour nous chrétiens, l'avenir n'est pas un éclatement ou une pulvérisation dans le non-être, mais nous avons un paradis du commencement et un ciel pour l'avenir. C'est un début d'éternité et une pérennité de l'avenir de Dieu. Nous ne marchons pas ici, dans le présent ou dans le futur, dans un abîme, mais entrons dans un jardin du paradis. »[5]

Le chrétien a une vision pleine d'espoir mais aussi réaliste parce qu'il sait qu'à la base de la création est un geste divin, que la route entre le début et la fin, en passant par le passé, le présent et le futur, est sous le signe de l'éternité, ce qui peut rendre notre monde actuel un jardin du paradis. L'Église est le jardin du paradis qui nous surprend à chaque fois.

Frères et sœurs bien-aimés dans le Seigneur,

Nous sommes dans l’Année hommage de la pastorale des parents et des enfants et dans l'Année commémorative des philanthropes orthodoxes roumains. Il y a ici deux thèmes d'une importance particulière pour nous en tant qu'Église.

La famille a été et demeure la cellule fondamentale de l’Église et de notre société. Dans la famille sont enseignés les premiers rudiments de la vie et en son sein sont transmises et renforcées des valeurs chrétiennes et humaines telles que la foi, l'espérance, l'amour de Dieu et du prochain, la gentillesse, la patience, la compréhension, les actions charitables, l'aide, etc. Nous devons nous rappeler que le Père de tous est Dieu. La Sainte Trinité - Père, Fils et Saint-Esprit - est le modèle à suivre dans notre manière d'activer la paternité ou la filiation. Au-delà des idéologies et des tendances à la mode, il reste une tradition millénaire de la famille chrétienne dans l'Église que nous devons rechercher et nous en inspirer.

La philanthropie est essentielle à notre vie chrétienne. Pensons que le premier qui est « miséricordieux et aime les hommes »[6] est Dieu. Souvenons-nous également de l'exhortation: « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (Luc 6, 36). La possibilité de notre salut nous a été accordée par Dieu à travers son Fils. Notre philanthropie est enracinée et est le prolongement de la philanthropie de Dieu. Cela signifie prendre soin des personnes les plus fragiles et âgées, de celles qui ont moins de moyens que nous, des étrangers, etc. Le monde a et aura toujours besoin de philanthropie.

Aujourd'hui, lorsque nous sommes à la croisée des chemins à cause de la pandémie à laquelle nous sommes confrontés, cherchons Dieu et scrutons nos actions pour comprendre ce qui doit être fait et ce que nous n'avons pas bien fait et qui a pu contribuert à la souffrance de toute la société. Joignons-nous également à tous les autres par la prière, le jeûne et les bonnes actions dans l'effort de vaincre l'ennemi invisible qui provoque la maladie et la mort maintenant, sachant que le dernier et le plus grand Guérisseur et Vainqueur de la maladie et de la mort est Dieu. Allons partager l'humanité ressuscitée et transfigurée du Christ, afin qu’elle nous guérisse et nous élève au-dessus de la vie terrestre à la condition des fils et des filles de Dieu selon la grâce, devenant des familiers de Sa maison dans l'éternité!

À l'occasion de la fête de la Résurrection du Seigneur, rendons gloire à Dieu pour tous ses bienfaits. Je vous souhaite à tous en cette période d'épreuve réconfort, santé, paix, charité et bénédiction en Jésus-Christ notre Seigneur.

Christ est ressuscité !
Fraternellement
Votre frère dans la prière au Seigneur Ressuscité,
† IOAN CASIAN

Saint-Hubert / Montréal 2020


[1] Commentaire sur l’Évangile de Luc chap. 24 dans Thomas C. Oden (éd.). Commentaires chrétiens anciennes sur la Sainte Écriture (Nouveau Testament III Luc). Ed. InterVarsity Press: Downers Grove, IL, États-Unis 2003, p 375 coll. 1-2 (en anglais)

[2] Prof. Dumitru Stăniloae. Spiritualité et communion dans la Liturgie orthodoxe (2e éd.). Ed. IBMBOR: Bucarest 2004, p 9 (en roumain)

[3] Théologie Dogmatique Orthodoxe (vol. 3 / 3ème éd.). Ed. IBMBOR: Bucarest 2003, p 86 (en roumain)

[4] Ibidem p 85-86

[5] Archimandrite Dr Vasile Vasilachi. Sous le voile de l'éternité. Ed. Parole de Vie - Collection théologique : BookMasters, Inc. Ashland (OH) États-Unis 1995, p 9-10 (en roumain)

[6] « Car Tu es un Dieu miséricordieux et ami des hommes et nous Te rendons gloire, Père, Fils et Saint-Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles » (Ecphonese de la Divine Liturgie)

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