À tout le clergé monastique et paroissial
et aux fidèles du Patriarcat Roumain,
Grâce, joie et paix de Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit,
et de nous bénédictions pastorales!
Révérends ministres des saints autels,
Bien-aimés frères et sœurs dans le Seigneur,
Nous sommes dans une période particulièrement riche spirituellement, ayant une beauté particulière, exprimée uniquement à travers l'ordre liturgique que nous avons traversé pendant la première semaine du Grand Carême. L'appel des textes liturgiques à reconnaître notre état de péché et à s'efforcer, par le repentir, de tendre vers "la mesure de la plénitude du Christ" (Éphésiens 4:13), a illuminé l'âme dans les premiers jours de ce temps du Carême de la fête de Pâque.
Ce voyage spirituel vers la fête de la Résurrection se poursuivra avec le Christ Seigneur - le Grand Pèlerin, qui nous accompagne, à travers les Sacrements de l'Église, notamment à travers la Confession des péchés et la Communion plus souvent, avec une préparation plus minutieuse et intense.
Le premier dimanche du Grand Carême est appelé le Dimanche de l'Orthodoxie et est un véritable appel à cultiver notre identité spirituelle et à répondre à l'appel de Jésus-Christ: "Viens après moi" (Jean 1:43), comme le montre le texte de l'Évangile d’aujourd’hui. Dans la société contemporaine confuse, l'Orthodoxie de la vie signifie unir la confession de la foi orthodoxe à la vie vécu d’une façon juste quotidiennement. De cette façon, nous pouvons également adresser à nos semblables l'invitation de Saint Philippe l'Apôtre: "Venez voir!" (Jean 1:46).
Le partage ou la communication de la vraie foi se fait par la parole, mais aussi par la lumière de la vie humaine en communion avec le Christ. À cet égard, le père Dumitru Staniloae a déclaré: « Les paroles du Christ ont un pouvoir unificateur exceptionnel par l’évidence de la vérité qu'elles expriment, par l'amour qu'elles communiquent ... En fait, la parole est une personne, ou la personne est une parole. Il ne peut pas y avoir l'un sans l'autre. La parole est une personne pour une autre personne et la personne est une parole pour une autre personne. Même si elle est silencieuse, la personne me parle ... parce que c'est une vie qui palpite pour moi, qui est attentive à moi et me raconte cela par des paroles ou par sa simple présence. »[1] Dans un monde bondé et pourtant isolé spirituellement, l'Orthodoxie propose de sortir de cette crise par la communion des gens dans l'amour de Dieu, communion « plus profonde lorsque (les gens) réfléchissent ensemble et communiquent leurs pensées par des paroles sur Dieu, comme leur origine et le monde en tant qu'environnement commun et nécessaire à leurs personnes. »[2]
Cher(e)s fidèles chrétiens,
Cette expression vive et lumineuse de notre foi juste à travers la communion liturgique est célébrée spécialement le Dimanche de l'Orthodoxie. L'origine de cette fête se trouve dans une période extrêmement troublée, entre les années 726-843, lorsque les adorateurs des icônes saintes rencontrèrent le mépris de ceux qui ignorés les icônes, appelés iconoclastes. La fierté et l'adversité de l'empereur Léon III l’Isaurien (717-741) ont déterminé que l'iconoclasme deviendrait la politique religieuse officielle de l'empire. Accablé par la passion et le manque d'arguments crédibles, l'empereur Léon l’Isaurien justifie ses décisions contre vénération des icônes par un principe absolutiste et radical: « Je suis empereur et prêtre à la fois »[3]. Cette attitude arrogante et abusive a été brillamment et fermement combattue par St. Jean Damascène, du monastère de St. Sava près de Jérusalem. Il protesta à la fois contre le fait que l'empereur s’est conféré à lui-même des droits sans fondement dans l'enseignement chrétien et contre la nouvelle politique impériale qui rejetait les icônes.
Dans sa tentative de définir l'icône, arguant qu'il ne s'agit pas d'un visage sculpté ou d'une idole, St. Jean Damascène offre une explication logique de l'icône, c’est-à-dire qu’elle est une ressemblance qui dépeint l'original. En ce sens, il dit: « L'icône n'est donc pas identique à l'original mais en diffère avec quelque chose et en quelque chose. L'icône est une ressemblance, un modèle, une empreinte de quelqu'un qui montre en elle celui qui est représenté dans l'icône. »[4] En d'autres termes, l'icône nous montre la personne représentée dessus, que nous ne pouvons pas avoir physiquement devant nous, car si la personne était physiquement à côté de nous, nous n'aurions pas besoin de l'icône. Ainsi, l'icône vise à orienter l'âme vers la Personne représentée sur l'icône, car « l'homme, étant circonscrit dans le temps et l'espace, ne peut pas avoir une connaissance directe de l'invisible, ni du passé ou du futur, ni de ceux distants dans l'espace. »[5] Christ le Seigneur est devenu homme d'une manière substantielle et réelle, a vécu sur terre, a vécu avec les gens, a fait des miracles, a souffert, a été crucifié, est ressuscité des morts et est monté au ciel, ce qui s'est réellement passé en la vue des gens. Par conséquent, « lorsque cela a eu lieu, Son visage a été représenté sur l'icône pour nous rappeler de Lui et pour nous apprendre des enseignements, auxquels nous n'avons pas pu y prendre part alors, parce que sans avoir vu, mais entendant et croyant, nous puissions avoir une part au bonheur du Seigneur. »[6] La tradition de vénérer les icônes n'est pas écrite, car non écrite est la tradition de prier face vers l’Orient ou de se signer avec le signe de la Sainte Croix, et en vénérant les icônes saintes, nous rendons hommage à la personne qui est représentée sur l'icône, mais pas à la matière à partir de laquelle elle est faite. Par conséquent, St. Jean Damascène a dit: « Je n'adore pas la matière, mais Celui qui s’est fait pour moi matière », c'est-à-dire le Christ incarné, qui s’est fait homme.
Le septième Concile œcuménique, tenu à Constantinople entre le 24 septembre et le 13 octobre 787, a débattu du problème de l'iconoclasme. Avec le consentement des Saints Pères, les participants ont confirmé la tradition de l'Église concernant la vénération des icônes saintes, formulant, lors de la dernière session, l'enseignement orthodoxe sur les icônes saintes. Cependant, la réception des décisions du VIIe Concile œcuménique a été difficile, surtout après le couronnement de l'empereur iconoclaste Léon l’Arménien (813-820), qui, peu de temps après la proclamation de l'enseignement sur la reconnaissance des icônes, a rouvert une nouvelle période de rejet des icônes et de persécution de ceux qui vénéraient les icônes sacrées. Pour cette raison, la victoire définitive de l'Orthodoxie contre les iconoclastes n'a été proclamée qu'en l'an 843, le premier dimanche du Grand Carême. Cette victoire est en grande partie due à l'impératrice Théodora, mais aussi au patriarche Méthode de Constantinople (843-847), qui, avec le peuple orthodoxe, ont proclamé définitivement et officiellement le culte des Saintes Icônes à travers une procession triomphale dans la capitale de l'Empire. En signe de souvenir de cette victoire, jusqu'à présent, à la fête du Dimanche de l'Orthodoxie, il y a des processions organisées par des croyants orthodoxes portant des icônes saintes.
Cher(e)s fidèles,
En venerant les saintes icônes, ce Dimanche de l'Orthodoxie nous invite à découvrir l'image du Dieu éternel imprimée dans l'homme (cf. Actes 1:26-27), mais aussi l'immortalité de l'âme humaine résultant de cette qualité. St. Athanase le Grand, dans le « Traité sur l'Incarnation du Verbe », déclare que Dieu a donné à l'homme non seulement l'existence, mais aussi la capacité de connaître Dieu et de vivre éternellement en communion avec Lui.[7]
Accablé par les nombreux problèmes et tentations auxquels il n'est plus en mesure de faire face, l'homme d'aujourd'hui ne peut plus trouver le temps de cultiver en lui l'image de Dieu, d'atteindre la ressemblance du Dieu Saint, c'est-à-dire de la sainteté. En négligeant la communion avec Dieu et la croissance selon l'image de Dieu en lui, mais aussi surenchérir le corps comme interface du dialogue, l'homme devient étranger à lui-même et à sa vocation à acquérir la vie éternelle. Et dans le vide de sa douleur, il proclame agressivement que Dieu l'a abandonné ou que Dieu n'existe pas, et la vie de l'homme se termine avec la mort du corps. Ou, « seulement en aimant Dieu et seulement dans la conscience qu'il est aimé de Dieu, l'homme continue dans une vie dont il n'est jamais rassasié. Même celui qui aime vraiment un homme (personne humaine) et est aimé de lui (elle), voudrait que ni l’un ni l’autre meure », explique le père Dumitru Staniloae.[8]
À cet égard, les saints de Dieu dans les cieux, peints en icônes, sont nos enseignants et nos intercesseurs, à tout moment et en tout lieu, car en eux la grâce du Seigneur Jésus-Christ opère, "hier et aujourd'hui et pour les siècles » (Hébreux 13: 8). En arrivant à cette connaissance de la vocation de l'homme, pour atteindre la sainteté par la communion avec Dieu Saint, nous comprendrons le besoin de l'homme de guérir du péché comme une existence égoïste, de découvrir la joie de la communion avec Dieu et avec ses semblables, dans le temps et dans l'éternité. C'est pourquoi le Saint Apôtre Paul nous exhorte en disant: « Cherchez la paix avec tous les hommes et la sainteté, sans laquelle personne ne verra Dieu » (Hébreux 12:14).
Cher(e)s fils et filles spirituel(le)s,
Afin de souligner la contribution généreuse des communautés ecclésiastiques à l'aide aux personnes dans le besoin, en réponse concrète à l'amour miséricordieux du Christ célébré dans la Liturgie Eucharistique, le Saint Synode de l'Église Orthodoxe Roumaine a consacré l'année 2020 comme « Année commémorative des philanthropes orthodoxes roumains ». L'organisation de la philanthropie par l'Église au fil du temps est un modèle assumé par notre Église aujourd'hui. Les plus de 800 institutions, projets et programmes socio-philanthropiques, organisés et soutenus par l'Église Orthodoxe Roumaine, représentent un témoignage vivant de la valeur du visage humain qui se trouve dans la pauvreté et la souffrance. Ainsi, la vocation de l'amour miséricordieux du fidèle peut s'exprimer dans la philanthropie chrétienne, dans des actes concrets pour aider les personnes en difficulté.
C'est pourquoi, en particulier pendant la période du Carême de Pâque, nous avons l'occasion de montrer notre amour miséricordieux et humble envers les gens qui souffrent. Chaque fois qu'ils étaient appelés à soutenir leurs semblables dans le besoin et la souffrance, nos fidèles ont manifesté un amour et une affection fraternels. Une telle exhortation notre Église adresse et dans le premier dimanche du Grand Carême en organisant une collecte pour le Fonds missionnaire central, afin de soutenir les projets pastoraux, missionnaires et socio-philanthropiques de l'Église Orthodoxe Roumaine.
Nous vous exhortons donc, avec tout notre amour paternel, à aider le travail missionnaire des paroisses isolées et vieillissantes de notre pays, où les prêtres industrieux et dévoués servent Dieu et les gens. Grâce à la contribution de tous, l'œuvre philanthropique de l'Église dans la société, pour soutenir notre prochain en difficulté, sera plus large et plus efficace, car « celui qui fait la charité aux pauvres prête au Seigneur, qui paiera le bienfait de retour » (Les Proverbes 19: 17). En répondant à cet appel, grâce à notre soutien mutuel, les communautés paroissiales roumaines de la diaspora se sentiront plus proches de leur maison, renforçant leur identité de foi et en tant que nation.
Remerciant le Seigneur d'avoir répandu sur nous sa bonté et son don parfait, nous vous souhaitons à tous d’avoir part d’une ascension spirituelle bienfaisante pendant la Carême de Pâque, à la fin de laquelle nous rencontrerons le Christ Jésus, Celui qui a été crucifié et est ressuscité « afin que notre joie soit complète » (2 Jean 1:12). Nous vous bénissons, paternellement, par les paroles du Saint Apôtre Paul: « La grâce de notre Seigneur Jésus-Christ et l'amour de Dieu et le partage du Saint-Esprit soient avec vous tous » (2 Corinthiens 13:13).
PRESIDENT DU SAINT SYNODE DE L'EGLISE ORTHODOXE ROUMAINE
† D A N I E L
Archevêque de Bucarest,
Métropolite de Muntenia et Dobrogea,
Locum Tenens du trône de Césarée de Cappadoce et
Patriarche de l'Église Orthodoxe Roumaine
† Teofan
Archevêque de Iaşi
et Métropolite de Moldavie et Bucovine
† Laurentiu
Archevêque de Sibiu
et Métropolite de Transylvanie
† Andrei
Archevêque de Vad, Feleac et Cluj
et Métropolite de Cluj, Maramures et Salaj
† Irineu
Archevêque de Craiova
et Métropolite d'Olténie
† Ioan
Archevêque de Timisoara
et le métropolite de Banat
† Petru
Archevêque de Chisinau,
Métropolite de Bessarabie
et l’Exarque des plaines
† Iosif
Archevêque Orthodoxe Roumain
d'Europe Occidentale
et Métropolite Orthodoxe Roumain de
Europe Occidentale et Méridionale
† Serafim
Archevêque Orthodoxe Roumain
d’Allemagne, Autriche et Luxembourg et Métropolite Orthodoxe Roumain d'Allemagne, Europe Centrale et du Nord
† Nicolae
Archevêque Orthodoxe Roumain
des États-Unis et
Métropolite Orthodoxe Roumain de
des Amériques
† Nifon
Métropolite honorifique,
Archevêque de Târgovişte
et l'Exarque Patriarcale
† Teodosie
Archevêque Tomis
† Pimen
Archevêque de Suceava et Rădăuţi
† Irineu
Archevêque d'Alba Iulia
† Varsanufie
Archevêque de Râmnic
† Ioachim
Archevêque de Roman et Bacau
† Calinic
Archevêque d'Arges et Muscel
† Ciprian
Archevêque de Buzau et Vrancea
† Casian
Archevêque du Bas-Danube
† Timotei
Archevêque d'Arad
Ignatie
Évêque de Huşilor
† Lucian
Évêque de Caransebes
† Sofronie
Évêque Orthodoxe Roumain
d'Oradea
† Iustin
Évêque Orthodoxe Roumain
de Maramures et Satmar
† Nicodim
Évêque de Séverin et Strehaia
† Antonie
Episcopul de Bãlți
† Veniamin
Episcopul de Basarabiei de Sud
† Vincent
Évêque de Slobozia et Calarasi
† Andrei
Évêque de Covasna et Harghita
† Galaction
Évêque d'Alexandrie et Teleorman
† Ambrosie
Évêque de Giurgiu
† Sebastian
Évêque de Slatina et Romanati
† Visarion
Évêque de Tulcea
† Petroniu
Évêque de Salaj
† Gurie
Évêque de Deva et Hunedoara
† Siluan
Évêque Orthodoxe Roumain
de Hongrie et Locum Tenens de l'évêque
de Dacia Felix
† Siluan
L'Évêque Orthodoxe Roumain d'Italie
† Timotei
Évêque Orthodoxe Roumain
Espagne et Portugal
† Macarie
Évêque Orthodoxe Roumain
de l'Europe du Nord
† Mihail
Évêque Orthodoxe Roumain
d'Australie et de Nouvelle-Zélande
† Ioan Casian
Évêque Orthodoxe Roumain
du Canada
† Varlaam Ploiesteanu
Évêque vicaire patriarcal
† Ieronim Sinaitul
Évêque vicaire patriarcal
† Timotei Prahoveanul
Evêque vicaire
de l'Archidiocèse de Bucarest
† Calinic Botoşăneanul
Evêque vicaire
de l'Archidiocèse de Iaşi
† Ilarion Fagarasanul
Evêque vicaire
de l'Archidiocèse de Sibiu
† Benedict Bistrițeanul
Evêque vicaire de l'Archidiocèse de Vad, Feleac et Cluj
† Paisie Lugojeanul
Evêque vicaire de l'Archidiocèse
de Timisoara
† Marc Nemţeanul
Evêque vicaire
de l'Archidiocèse Orthodoxe Roumain
d'Europe Occidentale
† Sofian Braşoveanul
Evêque vicaire de l'Archidiocèse
Orthodoxe Roumains d'Allemagne,
Autriche et Luxembourg
† Damaschin Dorneanul
Evêque vicaire de l'Archidiocèse
de Suceava et Rădăuţi
† Emilian Crisanul
Evêque vicaire
de l'Archidiocèse d'Arad
† Timotei Sătmăreanul
Évêque – vicaire du Diocèse Orthodoxe Roumain de Maramureș et Sătmar
† Atanasie de Bogdania
Evêque-vicaire du Diocese Orthodoxe Roumain d'Italie
† Teofil de Iberia
Eveque – vicaire du Diocese Orthodoxe Roumain d’Espagne et Portugal
† Timotei Sãtmãreanul
Evêque-vicaire du Diocèse Orthodoxe Roumain du Maramures et de Satu Mare
† Teofil de Iberia
Evêque-vicaire du Diocèse Orthodoxe Roumain d'Espagne et du Portugal
[1] Père Dumitru Staniloae. L’immortelle image de Dieu, dans "Œuvres Complètes", Volume 5, Edition Basilica: Bucarest 2013, p. 667-668.
[2] Ibidem p. 668
[3] St. Jean Damascène. Les trois traités contre les iconoclastes (traduction de la langue grecque ancienne, introduction et notes du père Dumitru Fecioru) Maison d'édition de l'Institut biblique et mission orthodoxe: Bucarest 2016, p. 26
[4] Ibidem p. 29
[5] Ibidem p. 30
[6] St. Jean Damascène. Dogmatique. Maison d'édition de l'Institut biblique et mission orthodoxe: Bucarest 2005, p. 214
[7] St. Athanase le Grand. Traité sur l'incarnation du Verbe. Maison d'édition de l'Institut biblique et mission orthodoxe : Bucarest 2010, p. 136
[8] Père Dumitru Staniloae. L’image immortelle de Dieu ..., p. 26-27








