† IOAN CASIAN
par la miséricorde de Dieu
Évêque du Diocèse Orthodoxe Roumain du Canada
Aux membres du clergé bien-aimés et aux fidèles orthodoxes,
paix et joie du Christ Seigneur,
et de nous la sainte bénédiction.
Après avoir, à maintes reprises et sous maintes formes,
parlé jadis aux Pères par les prophètes,
Dieu, en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par son Fils,
qu’il a établi héritier de toutes choses, par qui aussi il a fait les mondes.
(Hébreux 1, 1 – 2)
Révérends Pères,
fidèles bien-aimés,
Selon les paroles de saint Paul, nous comprenons que tous les événements de l'Ancien Testament se sont constitués dans un dialogue de Dieu avec l'homme par l'intermédiaire de prophètes « à maintes reprises et sous maintes formes ». Ce dialogue a trouvé son accomplissement dans « le Fils », lequel s’est amorcé par Sa naissance dans le temps, selon la chair, de la Vierge Marie. Le grand apôtre parle d'une préparation progressive de l'humanité, qui s'est achevée à la « plénitude des temps ». Dieu donne à l'homme un temps pour entendre et pour incarner Sa parole de guérison.
Nous pouvons nous demander : Pourquoi l'homme avait-il besoin de ce temps de préparation progressive? Le Père Dumitru Stăniloae nous révèle le sens de cette préparation :
Le prophète a donné à l'homme la foi comme certitude de l'existence de Dieu et il a communiqué Sa volonté. L’homme sentait que Dieu s’intéressait à son destin et était proche de lui dans l’acte de la naissance et du soutien de sa foi.[1]
Dieu commence par les prophètes d'abord à restaurer la foi en Son existence, qui est le fondement de la vie humaine renouvelée. Dieu rassure également l'homme quant à la réalité du dialogue avec Lui et à son intérêt constant à son égard. Dieu restitue ainsi la dimension verticale de la parole humaine à travers la Parole de Dieu, le Logos. Par Son Fils, Dieu sort l'homme de l'horizontalité séculaire de son éloignement du monde divin pour l'élever par le pouvoir vertical de Sa parole. La foi en Dieu est devenue le fondement de la vie et de l’éthique humaines restaurées.
Mais quel est le but concret de ce dialogue? Saint Basile le Grand nous dit :
Dieu dans la chair; non pas des œuvres limitées, comme chez les prophètes, mais ayant son humanité articulée et unie à Lui-même et retournant vers Lui-même par le corps apparenté à nous toute l'humanité.[2]
Selon le grand cappadocien, la parole de Dieu a un but concret : la réalisation de son union avec toute l'humanité. La parole, bien qu'essentielle dans toute relation, reste finalement un élément préparatoire nécessaire, mais insuffisant, qui attend son accomplissement concret ultérieur. Les paroles des prophètes étaient des paroles préparatoires nécessaires pour restaurer la relation paradisiaque de l'homme avec Dieu. Les paroles des prophètes, au-delà de leurs frontières limitées, préparaient un accomplissement illimité qui était l'union de la nature divine et humaine par l'Incarnation. Le but recherché était la parenté de Dieu avec toute l'humanité, expression de la perfection de la relation entre Dieu et l'homme, et le dialogue était le moyen d'acheminer le tout à l'unité en Dieu.
Saint Basile le Grand nous dit aussi pourquoi cette unité entre la nature divine et humaine était nécessaire : Apprenez le mystère! Car c’est pour cela Dieu est dans la chair, pour
détruire en Lui la mort qui était cachée à l'intérieur.[3]
Le but ultime de cette restauration par l'Incarnation était la victoire de l'homme déifié sur l'ennemi ultime qui habitait la nature humaine - la mort. Elle représentait l'expression de l'échec de la créature face l'appel à la divinisation à laquelle elle avait été destinée, de laquelle elle s’était éloignée par la désobéissance et qui avait affecté l'ethos de l'homme. L'absurdité du non-sens de la mort de l'homme destiné à l'éternité était abolie.
Qu'est-ce que cette victoire par l'incarnation du Christ implique?
Apprends la raison pour laquelle Dieu est dans la chair - dit Saint Basile le Grand - car Il doit sanctifier ce corps maudit, renforcer le pouvoir des faibles, familiariser celui qui s’était éloigné de Dieu avec Lui, élever au ciel celui qui était le tombé du paradis.[4]
Lorsque Dieu rebâtit, Il le fait de manière harmonieuse, intégrale et parfaite. En Christ, l'unité spirituelle intérieure, en même temps que l'unité extérieure personnelle et relationnelle de l'homme, sont progressivement rétablies; le corps humain est restauré par la sainteté incommensurable et parfaite du Corps du Christ; la nature affaiblie est renforcée contre les assauts du péché et des passions qui ont diminué sa vigueur initiale; l'homme est réintroduit dans la présence naturelle et familière de Dieu; et finalement l'homme est élevé et placé au ciel - l'espace et le temps de la pleine communion de Dieu avec l'homme.
En effet, avec Lui (n.n. - Christ), l’homme et l’humanité ont une marche majestueuse sur un nouveau fondement de la vie - dit Archim. Mitrof. Vasile Vasilachi. C'est une voie céleste de l'homme avec Dieu. C'est un appel universel de toute l'humanité à une nouvelle et grande unité, à l'union avec le même Dieu. Il nous appelle à nous débarrasser de toutes les idéologies et doctrines humaines qui nous divisent, formant ainsi un seul et même royaume de Dieu sur la même terre sous un même ombrage divin.[5]
En fin de compte, Dieu ne fait pas autre chose que restaurer l'unité de tous autour de Lui. Le déchirement passionnel qui a tourmenté l'existence humaine est aboli en Christ et sa place est prise par l'unité harmonieuse de l'ensemble divino-humain. L'homme voit le chemin vers l'éternité se rouvrir devant lui par la préparation à travers la parole divine et par l’accomplissement dans l’Incarnation.
Chers fidèles,
Nous sommes à la fin d'une année importante pour nous tous. C’est l’Année hommage de l’unité de la foi et de la nation et l’Année commémorative de la Grande Union de 1918. À l’occasion du deuxième Congrès du Diocèse Orthodoxe Roumain du Canada (29 juin - 1er juillet), nous avons eu la possibilité de présenter la situation générale de notre Diocèse et de la présence roumaine au Canada, ainsi que les besoins missionnaires et les priorités pastorales qui en découlent dans l’esprit de l’unité et de l’amour de la foi et de la nation.
Nous avons eu l’occasion de réfléchir, dans le cadre des colloques consacrés au Centenaire de la plénitude de l’âme roumaine (Montréal, Toronto, Canada), sur le rôle et la contribution à la Grande Union de 1918 de diverses personnalités telles que les métropolites Vladimir Repta, Nicolae Bălan et Pimen Georgescu, le patriarche Miron Cristea, les évêques Roman Ciorogariu et Ioan Ignatie Papp, ainsi que d’autres. Ils ont écrit une nouvelle page d’histoire inspirée par la foi vivante et les efforts de ceux qui les ont précédés. Par leur ministère et leur activité, par l’art et la culture qu’ils ont promus, l’Église a maintenu vivante la flamme de la foi, la langue et la culture roumaines. L’Église, par son clergé et ses fidèles, a su surmonter les vicissitudes des époques pour apporter l’espoir de la victoire finale. Et cela ne pouvait être fait qu'en ayant la certitude de la vie éternelle.
Nous avons reçu les reliques de saint Constantin Brâncoveanu et de saint Grégoire l’Enseignant, de saint André Saguna et de saint Irodion de Lainici, en tant que fondements pour le renforcement de l'unité entre l'Église mère et les paroisses de notre Diocèse au Canada. Les saints sont des exemples qui témoignent en faveur de Dieu par la parole et par les œuvres.
L'année 2018, riche en commémoration de tant de choses importantes, a été couronnée par la consécration de la Cathédrale nationale le 25 novembre, qui a accompli un idéal des Roumains ayant perduré depuis plus d'un siècle. La Cathédrale devient l'expression visible de la foi en Dieu et de l'unité nationale, ainsi que de la persévérance d'un peuple diligent et fidèle. L'année 2018 a été marquée par une transition palpable de la parole à l’acte, par la concrétisation d’un idéal tant désiré.
Tout comme la parole des prophètes a trouvé sa finalité dans l'Incarnation du Fils de Dieu, de même nous aujourd'hui, dans une société où des réalités telles que le disfonctionnement, l'inégalité, l'injustice, la violence et la superficialité sont toujours présentes, nous devons trouver la parole juste, qui unit et édifie, et qui incarne les valeurs éternelles de la foi chrétienne bienfaisante. La parole, par l’honnêteté, la vérité, la générosité, la bonté et la beauté, nous restitue les valeurs qui peuvent fonder harmonieusement et véritablement la vie de l’homme. La parole de Dieu est un appel et une exhortation. Que notre parole soit appel et exhortation à l'unité, à l'amour et à l'harmonie.
En ce moment festif, nous voulons remercier tout le monde - prêtres et diacres, moines et simples croyants - membres de nos paroisses, missions et monastères qui ont travaillé tout au long de cette année 2018 en vue d’une mission plus efficace, d’une organisation et d’un fonctionnement meilleurs, d’une connaissance approfondie, d’une plus juste approche et d’une meilleure résolution des problèmes auxquels nous sommes confrontés dans le désir d’annoncer la Parole de Dieu à toute l’humanité.
À l’occasion des fêtes de Noël, du Nouvel An et de l'Épiphanie je vous souhaite les plus sincères pensées d’unité, d’harmonie, de joie, de paix et de bénédiction dans notre Seigneur Jésus Christ.
De nombreuses années!
Votre frère dans la prière à Dieu et désirant tout le bien céleste,
† IOAN CASIAN
[1] Jésus Christ et la restauration de l’homme. Éd. Omniscop: Craiova 1993, p 98
[2] Homélie sur la sainte Naissance du Christ (p 30) dans St. Basile le Grande. Homélies inédites & Deux sermons sur le Baptême. Éd. Doxologia: Iași 2012
[3] ibidem p 31
[4] ibidem p 31
[5] Qu’est-ce-que la Nativité du Seigneur nous apporte (p 223 – 224) dans Le triple amour de Dieu, de l’Église et de la Nation. Collection Théologique « La Parole de Vie »: New York, 1990








