La dignité humaine et l’intelligence artificielle au cœur des discussions
de la Commission de dialogue orthodoxe-catholique au Canada
Les 18 et 19 juin, Sa Grace Mgr Ioan Casian a participé à la rencontre annuelle de la Commission de dialogue des évêques orthodoxes et catholiques du Canada, tenue au Séminaire Saint-Augustin de Toronto. Le thème principal de cette rencontre portait sur l’un des défis les plus importants de notre époque : l’intelligence artificielle (IA).
Pour la Conférence Canadienne des Évêques Orthodoxes (CCEO), ont participé Son Éminence le métropolite Ilarion Rudnyk (Église Orthodoxe Ukrainienne du Canada, Edmonton) et Sa Grace Mgr Ioan Casian (Diocèse Orthodoxe Roumain du Canada, Montréal). Pour la Conférence des Évêques Catholiques du Canada (CECC), étaient présents Son Excellence Mgr Yvan Mathieu (Ottawa-Cornwall), Son Éminence le cardinal Thomas Collins (Toronto), Son Excellence Mgr Ivan Camilleri (Toronto) et Son Excellence Mgr Tom Dowd (Sault Ste. Marie).
Les évêques étaient assistés par le sous-diacre Dr Brian Butcher, membre du personnel de la CECC à Ottawa, et par le Révérend Dr Peter Avgeropoulos, représentant de l’Archevêché Grec-Orthodoxe du Canada à Toronto. La rencontre a également accueilli deux conférenciers invités : M. Duncan McCallum et le Dr Lucas Vivas.
Les documents proposés à la réflexion étaient Magnifica Humanitas, la récente encyclique du pape Léon XIV sur la sauvegarde de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle, ainsi que plusieurs réponses orthodoxes à ce texte. Par des présentations, des échanges et des moments de prière, les participants ont exploré les implications éthiques, sociales et spirituelles des technologies qui transforment rapidement la vie contemporaine.
S’appuyant sur les images bibliques de la Tour de Babel et de la reconstruction des murailles de Jérusalem, les participants se sont interrogés sur la capacité du développement technologique à favoriser une véritable communion humaine ou, au contraire, à contribuer à l’isolement, aux inégalités et à la concentration du pouvoir.
Le dialogue a mis en lumière la compréhension chrétienne de la personne humaine, créée à l’image de Dieu et appelée à vivre en communion avec les autres. Les participants ont affirmé que l’innovation technologique doit être guidée par le bien commun, la solidarité, la subsidiarité et la justice sociale, plutôt que par les seuls critères d’efficacité, de profit ou de contrôle.
Plusieurs préoccupations liées à l’intelligence artificielle ont été soulevées. Les participants ont noté la rapidité avec laquelle les systèmes d’IA produisent des résultats, la tendance à considérer ces résultats comme objectifs et leur capacité à imiter la communication humaine. Tout en reconnaissant les avantages de ces technologies, les évêques et les experts ont souligné que l’IA ne pourra jamais remplacer les relations humaines authentiques, le discernement moral ou la vie spirituelle. Une attention particulière a été portée au risque qu’une dépendance excessive à ces technologies affaiblisse les rencontres personnelles et favorise l’isolement social.
L’éducation a constitué un autre thème majeur des discussions. Les participants ont insisté sur la nécessité d’enseigner non seulement comment utiliser l’IA de manière responsable, mais aussi dans quelles circonstances son utilisation peut être inappropriée. Ils ont souligné l’importance de développer l’esprit critique, l’amour de la vérité et le jugement éthique chez les jeunes générations, tout en encourageant la collaboration entre les parents, les éducateurs, les décideurs publics et les communautés religieuses.
Une importante présentation du Dr Lucas Vivas a porté sur l’impact de l’intelligence artificielle dans le domaine de la médecine et des soins de santé. Il a montré que l’IA est déjà utilisée pour le diagnostic, l’évaluation des risques, la documentation médicale et l’administration des services de santé. Tout en reconnaissant son potentiel considérable, il a mis en garde contre la réduction de l’acte médical à une simple efficacité technique. Les participants ont rappelé que la médecine repose non seulement sur le savoir et la compétence professionnelle, mais également sur la compassion, l’écoute attentive, l’accompagnement et la confiance.
La question de la responsabilité a également occupé une place centrale dans les échanges. À mesure que les systèmes d’IA influencent davantage les processus décisionnels, les participants ont insisté sur le fait que la responsabilité doit demeurer entre les mains des personnes. Confier des décisions à des machines, particulièrement dans des domaines sensibles comme la santé, risque d’affaiblir le jugement professionnel et de rendre plus difficile l’attribution des responsabilités en cas d’erreur.
Le dialogue a également abordé des préoccupations plus larges concernant la concentration du pouvoir technologique et économique entre les mains d’un nombre limité d’entreprises et d’institutions. Les participants ont averti que ceux qui contrôlent les données et les systèmes d’IA pourraient acquérir une influence disproportionnée sur la vie sociale, économique et culturelle, créant ainsi de nouvelles formes de dépendance et d’inégalité.
Enfin, les participants ont réfléchi aux courants transhumanistes et posthumanistes qui cherchent à dépasser les limites humaines grâce à la technologie. En réponse, ils ont réaffirmé la vision chrétienne de l’être humain révélée dans le mystère de l’Incarnation. Plutôt que de rechercher l’accomplissement à travers la seule amélioration technologique, la tradition chrétienne reconnaît la vulnérabilité, l’interdépendance mutuelle et les relations humaines comme des dimensions essentielles de la dignité et de l’épanouissement authentique de la personne.
Au terme de la rencontre, les participants ont réaffirmé que l’intelligence artificielle peut constituer un outil précieux lorsqu’elle est mise au service de la personne humaine et du bien commun. Ils ont appelé à poursuivre la réflexion sur l’utilisation éthique de la technologie, à renouveler l’investissement dans l’éducation et la formation humaine, et à promouvoir des relations authentiques dans un monde toujours plus numérisé.
Le dialogue s’est conclu sur une note d’espérance, invitant les chrétiens et toutes les personnes de bonne volonté à veiller à ce que le progrès technologique contribue à l’épanouissement de la personne humaine, protège la dignité de chacun et renforce, plutôt que de remplacer, les liens de communion qui unissent les personnes, les communautés et les sociétés.








