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† IOAN CASIAN: LETTRE PASTORALE À L’OCCASIAN DE LA FÊTE DE LA NATIVITÉ DU SEIGNEUR 2025

Catégorie : Headlines
Publication : 20 décembre 2025

LETTRE PASTORALE

À L’OCCASIAN DE LA FÊTE DE LA NATIVITÉ DU SEIGNEUR 2025

† IOAN CASIAN

 

par la miséricorde de Dieu

Évêque du Diocèse Orthodoxe Roumain du Canada

 

Au Clergé bien-aimé et aux fidèles orthodoxes,

paix et joie du Christ Seigneur,

et de nous la sainte bénédiction.

 

« Et parce que vous êtes ses fils, Dieu a envoyé

dans votre cœur l'Esprit de son Fils qui crie: «Abba! Père!»

Ainsi tu n'es plus esclave, mais fils; et si tu es fils,

tu es aussi héritier de Dieu par Christ.»

(Galates 4, 6-7)

 

Révérends Pères,

Bien-aimés fidèles,

 

La Fête de la Nativité du Seigneur est un moment de joie et de bénédiction. Chaque croyant l’attend avec une grande ardeur en se préparant spirituellement. Le croyant ressent que la Nativité du Seigneur est un moment qui le rapproche davantage de Dieu, car Dieu Lui-même fait le premier pas vers lui. Si pendant des siècles l’homme a ressenti la solitude, la tristesse et l’éloignement de Dieu à cause du péché, la naissance du Seigneur lui apporte espérance, joie et une confiance renouvelée.

Le cri du prophète David dans l’Ancien Testament : « Seigneur, j’ai crié vers Toi, écoute-moi ; sois attentif à la voix de ma prière quand je crie vers Toi. Que ma prière s’élève devant Toi comme l’encens, et l’élévation de mes mains comme un sacrifice du soir »[1] résonne encore aujourd’hui dans nos âmes et dans nos cœurs. L’Église exprime ce cri dans l’office des Vêpres. Son ordre exprime précisément cette quête de l’homme vers Dieu. L’homme déchu ressent l’éloignement de Dieu et la chute de son état originel. Nous voyons cet état exprimé dans les paroles d’Adam: «J’étais nu, et je me suis caché.»[2] C’est l’expérience qui a accompagné l’homme a travers toute son histoire, pleine de douleurs, de conflits et de mort. Même si Dieu l’accompagne par Sa providence tout au long de cette histoire, la conscience de l’abîme créé par le péché et la constatation concrète de ses conséquences se tiennent devant l’homme à chaque instant.

Pourquoi l’homme est-il arrivé à l’état de péché ?

« Car Celui qui a fait exister toutes choses par Sa seule parole, - dit Saint Grégoire Palamas -, ayant façonné de Sa propre main notre nature à partir de la terre et lui ayant insufflé la vie provenant de Lui, l’a laissée, étant rationnelle et maîtresse de sa propre volonté, s’ordonner elle-même par ses propres pensées et se mouvoir selon son propre mouvement; mais, laissée seule et trompée par le conseil du malin, incapable de résister à sa machination, elle n’a pas gardé ce qui était selon la nature, mais a glissé vers ce qui est contre la nature. »[3]

Le grand hiérarque athonite nous montre que Dieu est le Créateur de l’homme avec toutes les dispositions de sa nature. Il lui donne la vraie vie, avec raison et volonté. Il lui donne la liberté de s’organiser et de se diriger selon sa propre conscience. Cependant, tenté par le diable, l’homme se laisse tromper par l’illusion de devenir Dieu par lui-même et découvre aussitôt, avec amertume, que cela n’est rien d’autre qu’obscurité, solitude et mort. L’homme s’éloigne de l’ordre de sa nature, placé par Dieu au fondement de sa vie et de son développement. Avec le temps, il se rend compte que, par lui-même, il ne peut pas reconstruire sa nature, mais qu’il a besoin de Dieu.

Pourquoi la naissance du Sauveur Jésus-Christ devait-elle se faire directement par l’action du Saint-Esprit ?

Saint Grégoire Palamas répond encore : « Car s’Il était né de semence, Il n’aurait plus été un homme nouveau; étant selon l’ancienne empreinte et héritier de cette chute, Il n’aurait pu ni recevoir en Lui la plénitude de la divinité immaculée, ni devenir une source intarissable de sanctification. Ainsi, non seulement Il n’aurait pas eu la puissance d’effacer pleinement l’impureté de ces ancêtres — impureté provenant du péché — mais Il n’aurait même pas été suffisant pour sanctifier ceux qui suivraient. »[4]

Le premier homme a été créé directement par Dieu. Par la chute survenue au Paradis, l’homme s’est éloigné de Dieu et de cet état pur de sa nature. Les passions, le péché et la mort sont entrés dans la vie de l’homme, devenant la trame quotidienne de sa manière d’être. Dans sa nature se sont imprimées toutes ces conséquences du péché, transmises de génération en génération.

Pour que Dieu puisse restaurer pleinement la vie des origines, Il devait agir comme au commencement: directement, par l’œuvre du Fils et du Saint-Esprit, en tenant compte de ces conséquences. C’est pourquoi la conception se fait directement par l’intervention du Saint-Esprit, afin que l’homme soit restauré pleinement par la réception en lui de la divinité parfaite. En même temps, l’humanité assumée par le Christ est une humanité concrète, prise de la Vierge Marie, car tel est le but de Son incarnation: restaurer la communion de l’homme avec Dieu et la santé de la nature humaine originelle en Sa Personne — afin qu’elle devienne source de sainteté et de perfection pour nous tous.

Voici comment Saint Grégoire Palamas comprend ce qui se passe dans le mystère de l’Incarnation: « Ainsi, maintenant Il ne la façonne pas seulement de nouveau par Sa main d’une manière incompréhensible, mais Il la garde aussi avec Lui ; Il ne se contente pas de la prendre dans Ses mains et de la relever de sa chute, mais Il s’en revêt de façon ineffable et S’unit à elle inséparablement, naissant Dieu et homme tout ensemble d’une Vierge — afin de prendre la nature qu’Il avait façonnée dans les premiers personnes humaines — et précisément de cette Vierge, pour renouveler l’homme. »[5]

Dans Son immense amour pour les hommes, voyant la souffrance de l’homme due au péché, Dieu non seulement guérit la maladie du péché et de la mort, devenue partie intégrante de sa vie, mais Il le relève d’une manière ineffable, le garde auprès de Lui et l’introduit dans la vie divine par la nature humaine qu’Il prend de la Vierge Marie. Sans cette œuvre de Dieu, la nature de l’homme n’aurait pas pu être renouvelée selon le modèle de la première nature sans péché.

Saint Grégoire Palamas présente ensuite ce lien entre la Personne de notre Sauveur Jésus-Christ, comme fondement de l’Église, et l’Église en tant que communion de ceux qui croient et qui en font partie :

« Le Seigneur Lui-même est venu et nous a sauvés, se faisant homme comme nous pour nous, tout en demeurant Dieu immuable. Car, édifiant maintenant la nouvelle Jérusalem[6] et élevant Son temple de pierres vivantes, nous rassemblant comme Son Église sainte et universelle, Il pose à son fondement — qui est le Christ — la source éternelle jaillissante de la grâce. Car la vie pleine, souveraine et éternelle, la nature toute-sage et toute-puissante, s’unit à celle qui avait été trompée par un mauvais conseil, asservie au malin par faiblesse, et qui gisait dans les profondeurs insondables de l’enfer, dépourvue de la vie divine, afin de lui apporter sagesse, puissance, liberté et vie impérissable. »[7]

Le Christ est le fondement de l’Église. Son humanité sans péché devient le fondement de l’Église comme communauté des croyants. Du Christ, source divine, à tout moment, jaillissent la grâce et les dons qui transforment et transfigurent l’Église et la vie des croyants. L’union entre la nature divine et parfaite et la nature humaine asservie fait que cette dernière est pénétrée et illuminée par la lumière divine dont elle était privée à cause du péché. Cette nouvelle communion donnée par le Christ, qui reconstruit la nature humaine, lui accorde des grâces et vertus divines telles que la sagesse divine, la puissance vivifiante, la liberté plénière et la vie parfaite. Par la participation à ces vertus divines, chaque croyant devient image et ressemblance du Christ. Ainsi l’Église reflète la vie divine et devient l’image de la communion trinitaire ici-bas.

Comment l’Église et ses membres vivent-ils cette vie nouvelle ?

Le Saint Père Confesseur Dumitru Stăniloae nous dit : « L’Église vit d’une vie différente de celle de l’humanité naturelle, bien que celle-ci ne soit pas abolie, mais marquée par l’Esprit du corps déifié du Christ — mieux dit, ouverte à l’infinité divine de ce corps et y participant. »[8] L’Église est un mystère. Sa vie mystique, la vie de chaque croyant, est une participation à la vie divine du corps du Christ. L’Église, la vie des croyants qui la composent, est une vie dans et par le Christ.

Le même Saint Père Dumitru Stăniloae poursuit: « La gloire dont l’Église est remplie coïncide avec l’obtention pleine et entière de la qualité de fils de Dieu par ses membres, qualité qui signifie la communion la plus intime avec le Père. Elle consiste non seulement dans la vision, mais aussi dans la participation à la gloire du Fils que possède le Verbe de Dieu incarné et chef de l’Église en tant qu’homme. … Mais l’état filial est obtenu par un dépassement de la vie naturelle et limitée, dans la lumière de la vie infinie de Dieu, dans l’intimité de la relation filiale avec Lui. »[9]

Chaque membre de l’Église, participant à la gloire du Fils et entrant dans la communion intime avec Dieu, reçoit la qualité de fils ou de fille de Dieu, vocation pour laquelle l’homme a été créé. Par cette manière d’être, il dépasse la vie naturelle et limitée, marquée par le péché et la mort, et s’ouvre à l’infinité et à l’éternité de Dieu.

C’est pourquoi Saint Grégoire Palamas exprime la joie de l’union du ciel et de la terre dans l’événement de la Nativité du Seigneur :

« Car aujourd’hui je vois le ciel et la terre d’un même honneur, et l’ascension de toutes choses d’en bas vers celles d’en haut égale à la descente de celles d’en haut. … Car rien parmi les œuvres accomplies par Dieu depuis toujours n’est plus universellement utile ni plus divin que la fête de la Nativité du Seigneur que nous célébrons aujourd’hui. »[10]

L’Incarnation du Seigneur pose le fondement solide de ce chemin dont la destination est la rédemption, la divinisation et la vie éternelle.

 

Chers frères et sœurs dans le Seigneur,

L’année 2025 est l’Année Centenaire du Patriarcat Roumain et l’Année commémorative des pères spirituels et des confesseurs orthodoxes roumains du XXᵉ siècle. Cette année marque également les 1700 ans du Premier Concile Œcuménique de Nicée (325 apr. J.-C.).

Les Saints Pères de l’époque conciliaire, ainsi que les pères spirituels et les confesseurs orthodoxes du XXᵉ siècle, représentent autant d’exemples de fils de Dieu qui ont rendu témoignage de leur foi en des temps différents, allant jusqu’à donner leur vie pour le Christ.

Les saints sont nos guides et nos protecteurs; ils sont des intercesseur auprès de Dieu et des exemples vivants qui constituent l’Église vivante et confessante. Dans des temps de troubles et d’épreuves, ils ont combattu pour la dignité de la personne humaine et ont confessé la foi en Dieu, sachant que c’est seulement ainsi qu’ils pouvaient poursuivre la mission apostolique confiée par le Christ d’abord aux Saints Apôtres et ensuite, par eux, à nous tous jusqu’à la fin des siècles.

Leur témoignage nous appelle aussi aujourd’hui, dans une société de plus en plus sécularisée et fragmentée, pleine de contradictions, d’injustice et de conflits, à témoigner de la dignité de la personne humaine comme image et ressemblance de Dieu, de la nécessité de la verticalité dans la foi, de la pratique de l’amour de Dieu et du prochain, ainsi que de la prière incessante pour recevoir la grâce déifiante en vue de la transformation et de la transfiguration de notre vie.

Vivons ce temps de la Nativité du Seigneur avec joie et espérance, avec confiance en Dieu et avec un élan renouvelé de témoignage, en tant que personnes pleinement responsables de notre mission de chrétiens dans notre génération.

À l’occasion de la Fête de la Nativité du Seigneur, du Nouvel An et de la Théophanie, je vous adresse la salutation de Saint Paul l’Apôtre: « Que la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ soit avec votre esprit ! Amen » (Philémon 1, 25).

Une Fête de la Nativité du Seigneur dans la paix et la joie !

Une Nouvelle Année bénie !

 

Votre frère dans la communion de prière vers le Christ Seigneur,

† IOAN CASIAN

 

Saint-Hubert/Montréal 2025

 _________________

[1] Psaume 140, 1-2

[2] Genèse 3, 10

[3] Saint Grégoire Palamas. Homélies (vol. 3). Iași : Éditions Doxologia, 2012, pp. 186–187

[4] Ibidem, pp. 186-187                       

[5] Ibidem, pp. 187

[6] L’Église (n.a)

[7] Ibidem, pp. 187

[8] Rev. Prof. Dumitru Stăniloae. Théologie dogmatique orthodoxe (vol. 2 / 3ᵉ éd.) Bucarest : Éditions EIBMBOR, 2003, pp. 224

[9] Ibidem, p. 225

[10] Saint Grégoire Palamas. Homélies, pp. 181–182

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2010 Boul. Marie, St-Hubert (Quebec) J4T 2B1
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