LETTRE PASTORALE
À L’OCCASIAN DE LA FÊTE DE LA RESSURECTION DE NOTRE SEIGNEUR 2023
† IOAN CASIAN
par la grâce de Dieu
Évêque du Diocèse Orthodoxe Roumain de Canada
Au Clergé bien-aimé et aux fidèles orthodoxes,
paix et joie du Christ Seigneur,
et de nous la sainte bénédiction.
« Et voici que Jésus vint à leur rencontre :
« Je vous salue », dit-il.
Elles s'approchèrent, s’agrippèrent à ses pieds et
se prosternèrent devant Lui. »
(Mathieu 28, 9)
Révérends Pères et chers fidèles,
Le Christ est ressuscité!
La Fête de la Résurrection notre Seigneur Jésus Christ est un événement de rencontre et de découverte. C'est le moment où le Christ vient à la rencontre des disciples et des femmes myrrhophores en les surprenant. C'est le moment révélateur qui éveille la compréhension et amène les yeux des témoins en présence de la vérité, rétablissant la vue et la connaissance vraies. Christ par Sa résurrection accomplit un miracle qui change quelque chose de fondamental dans l'ontologie de notre nature humaine après la chute. Il opère un changement dans l'ontologie de la logique du péché, de la nature touchée par la mort et la passion. Il vainc la mort et restaure la vie humaine dans ses droits naturels, originels, donnés par Dieu à la création.
Comment Christ fait-Il cela ?
Voilà ce que nous dit St. Éphrem le Syrien à cet égard: « Il est descendu d'en haut comme Seigneur, du sein (de la Vierge) Il est sorti comme esclave. La mort s'est prosternée devant Lui et dans Sa résurrection, la vie L'a adoré. Béni soit sa victoire !"[1] Christ vainc à deux niveaux. Il se montre comme Seigneur et Créateur. L'homme a Dieu devant lui. Mais la vue et la compréhension de Dieu en tant que Dieu devient accessibles à l'homme à travers l'incarnation. Le Christ est né de la Vierge Marie devenant comme l'un de nous, semblable en tout sauf le péché.[2] Le Christ est à la fois Dieu et homme. La divinité vient à la rencontre de l'homme, en se faisant connaître et se révélant; mais cela ne pouvait se faire de manière simple et directe car Dieu dit à Moïse dans l'Ancien Testament: "Tu ne pourras pas voir Mon visage, car l'homme ne peut Me voir et vivre" (Exode 33, 20). Dieu offre une possibilité pour résoudre cette difficulté - Son incarnation. Celle-ci ouvre la possibilité à l'homme de se rapprocher de Dieu et de pouvoir Le contempler. Notre nature humaine assumée par Lui de la Vierge Marie devient ainsi la main de Dieu ou le moyen par lequel l'homme peut L'apercevoir ainsi que Son œuvre et vivre.
Grâce à l'incarnation, deux choses se produisent : premièrement, les conditions préalables pour la défaite de la mort sont posées. Elle sera vaincue par la résurrection. Par l'incarnation la mort diminue sa tyrannie sur la vie parce qu'elle sent approcher le souffle de la vie éternelle; la seconde - dans la résurrection, la vie retrouve sa vraie raison d’être, en se soumettant à Dieu et comprenant que le Christ incarné est l'éternité. Il est la véritable finalité de la vie de l'homme.
Pourquoi Christ peut-Il accomplir ces choses ? Qui est le Christ ?
« De Dieu vient Sa divinité et des mortels Son humanité ; de Melchisédech Son sacerdoce, et de la maison de David Son royaume. Béni soit leur mélange en Lui! »[3] – dit St. Éphrem le Syrien. Le Christ unit le ciel et la terre. Dans Sa personne ou hypostase unique, la nature divine et la nature humaine sont unies sans mélange, sans changement, sans division, sans séparation.[4] La divinité rencontre l'humanité, le sacerdoce rencontre la royauté. Le Christ est la personne à part entière qui unit Dieu à l'homme, le sacerdoce au règne. C'est pourquoi le Christ, par l'incarnation, la souffrance, la mort et la résurrection, rétablit pleinement le sacerdoce de l'homme. Premièrement, Il restaure l'unité de travail synergique de la nature humaine avec le divin dans l’incarnation. Et puis Il restaure la fonction de l'homme en tant que prêtre et son pouvoir dirigeant en tant que couronne de la création et son intendant.[5] La logique du péché, qui signifie rébellion et injustice devant Dieu, est abolie par l'union des deux natures dans la personne unique du Fils de Dieu et par la restauration de l'homme comme prêtre de Dieu dans la création. Il représente l'image de Dieu parmi les créatures du monde. Tout comme Dieu par la providence gouverne ce monde, l'homme est aussi appelé à gouverner les choses du monde dont il est chargé par la sagesse que Dieu lui a donnée.
Que signifie le mystère de Pâques pour nous les humains ?
"Il (i.e. le Christ) - dit saint Meliton de Sardes - est tout : loi parce qu'Il juge, parole parce qu'Il enseigne, grâce parce qu'Il sauve, Père parce qu'Il engendre, Fils parce qu'Il naît, brebis parce qu'Il souffre, homme parce qu'Il est enterré, Dieu parce qu'Il ressuscite. C'est Jésus-Christ; à lui soit la gloire pour toujours. Amen. C'est le mystère de la Pâque, tel qu'il est écrit dans la Loi (...)."[6] Christ nous englobe tous. Il inclut dans sa personne et sa vie, dans ses actions, tout ce qui est nécessaire à notre salut. Il est Celui qui ordonne tout selon la loi qu'Il a faite pour nous tous. Il nous révèle Dieu et les raisons fondatrices profondes du monde et de l'existence humaine. Il est Celui qui accorde la grâce divine au monde, la grâce de l'existence et de la direction vers le salut et la vie éternelle. Il nous engendre comme Père à la vie nouvelle et éternelle. Il est Fils comme Celui qui est né du Père mais aussi de la Vierge comme homme. Il est l’oblation qui s’offre en sacrifie pour nous. Il est enterré comme un homme pour enterrer notre humanité pécheresse. Il ressuscite en tant que Dieu pour redonner la vie éternelle à l'homme qui l'a perdue à cause du péché et de la désobéissance. Le mystère de Pâques est le mystère de la transfiguration totale de l'homme offerte par le Christ Fils de Dieu à l'homme comme un don et qu'il peut se l'approprier par la foi et le manifester par de bonnes actions.
Comment Christ travaille-t-Il en sa personne pour corriger notre nature ?
« Celui-ci, - dit St. Meliton -, venant du ciel sur la terre pour celui qui souffrait, s'en vêtant (de l’humanité prise) de la une Vierge Mère et devenant homme, souffrit les passions de celui qui souffrait et par le corps qui pouvait souffrir détruit les passions du corps, et par Son Esprit Immortel, Il a tué la mort destructrice de l'homme. »[7] Le Christ est descendu du ciel et a pris la nature humaine de la Vierge Marie. De cette manière, Il s'est fait solidaire avec nous, devenant l'un de nous, pour œuvrer notre salut. En prenant la nature humaine de la Vierge Marie en Sa personne, Il s'est approprié les passions de notre chair pécheresse et passionnée, les corrigeant et les guérissant. Mais Il accomplit encore plus. Il redonne la vie éternelle à l'homme par le Saint-Esprit, Esprit éternel et restaurateur de la vie divine qui est la vocation de l'homme. Christ Lui-même en Sa Personne et par Son œuvre devient la base fondatrice de la restauration et du salut de chaque individu. Toutes les choses nécessaires ont été accompli d'abord en Sa Personne afin que plus tard le résultat de cela soit offert à ceux qui veulent suivre Sa voie.
Chers fidèles,
« Sa naissance (du Christ) est pour nous pureté, Son baptême est pour nous expiation - dit St. Éphrem le Syrien; Sa mort pour nous est vie et Son ascension pour nous est exaltation. Comme nous devons Lui être reconnaissants! »[8] Christ par son œuvre accomplit tout pour la restauration de l'homme. Par l'incarnation, Il purifie notre nature humaine parce qu'Il est né sans semence humaine et sans péché et ses conséquences. Par le baptême, ce n'est pas Lui qui se sanctifie, mais Lui qui sanctifie les eaux et notre nature et pardonne notre péché ancestral. Il sanctifie toute la création par la grâce qu'Il accorde. Sa mort est en fait la mort du corps humain dans lequel les conséquences du péché sont présentes. « Christ est ressuscité des morts, par la mort, Il a vaincu la mort ; à ceux qui sont dans les tombeaux, Il a donné la Vie » dit le tropaire du canon pascal. Par la souffrance et la mort, Il a crucifié et enseveli le corps du péché afin que le troisième jour Il ressuscite des morts avec le corps transfiguré par la puissance de la divinité. Le corps est restauré par sa résurrection à son état naturel, non soumis à la logique du péché et des passions, immortel, déifié, sans péché, transfiguré et digne d'être la demeure du Saint-Esprit. Et en montant au ciel, le Christ porte l'homme dans la profondeur et l'intimité de la connexion avec Dieu. C'est la résurrection du Christ qui transfigure tout en vue du royaume de Dieu.
« Célébrons donc cette fête, dans laquelle le Christ est ressuscité - dit St. Jean Chrysostome. Parce qu'Il est monté (aux cieux) et avec Lui l'humanité s'éleva aussi. Et d'une part, Il est ressuscité en rompant le lien de la mort, et Il nous a aussi ressuscités, en déliant les liens de nos péchés. »[9] Le temps de la fête de Pâques est le temps de la bénédiction et de l'accomplissement des promesses. Il est temps de dénouer les liens du péché. L'homme acquiert une nouvelle compréhension, spirituelle, différente de celle passionnée. Au lieu de la haine, l'homme reçoit et apprend du Christ le véritable amour. Au lieu de son propre égoïsme et de son souci de soi exagéré, l'homme est invité à apprendre à être miséricordieux. Au lieu de vivre sous les lourdes ténèbres du péché, l'homme par le Christ acquiert le pardon des péchés, libérant sa conscience de l'aveuglement spirituel qui l'éloigne de Dieu et de l'accomplissement de Sa volonté. Les fruits du péché et de la chair sont l'impureté, l'inimitié, les querelles, les divisions, les hérésies, la colère et autres.[10] Au contraire, les fruits de l'Esprit sont l'amour, la joie, la paix, la longanimité, la bonté, le bien faire, la foi, la douceur, la maîtrise de soi, la pureté.[11] Dans les paroles de St. Apôtre Paul, nous voyons que les fruits de l'homme spirituel sont différents de ceux de l'homme charnel. La logique du péché avec ses effets destructeurs est opposée à la logique de la sainteté et de la déification qui est la véritable vocation de l'homme.
Suivons l'exhortation de St. Grégoire le Théologien : « Apportons-nous comme fruits, l'édifice le plus précieux et le plus naturel de Dieu, redonnons aux visage « l'image », faisons-nous connaître notre valeur, honorons notre prototype, comprenons la puissance du mystère et pourquoi le Christ est mort. Faisons-nous comme le Christ, parce que le Christ aussi est devenu comme nous, devenons-nous des dieux pour Lui, parce qu'Il s'est aussi fait homme pour nous (...) Donnons-Lui tout, offrons chacun tout à Celui qu'Il s'est donné, comme Sauveur et Rédempteur, pour notre bien »[12] car « je ne suis pas effrayé, je n’ai pas peur de la guerre, je ne considère pas non plus mon impuissance, mais je compte sur la puissance indicible de Celui qui va me soutenir dans la bataille ».[13]
Si nous regardons notre réalité environnante, nous pouvons nous demander avec St. Nicolas Velimirovici : « Comment pouvons-nous dire que le Seigneur ressuscité a vaincu la mort, puisque des gens meurent encore ? »[14] Mais il nous donne aussi la réponse : « Ceux qui sont entrés dans ce monde par le sein de leur mère en sortiront par la mort et le tombeau. C'est la loi. Mais pour nous qui mourons en Christ, la mort n'est pas un abîme sombre, c'est la naissance à une nouvelle vie, c'est le retour à la maison. Pour nous, la tombe n'est pas une obscurité sans fin, mais la porte à laquelle les anges brillants de Dieu nous attendent. Pour ceux qui sont remplis de l'amour du Christ, le tombeau n'est que le dernier obstacle à sa présence (...) Le tombeau n'est plus un abîme parce qu'Il l'a rempli de Lui-même ; il n'est plus sombre parce qu'Il l'a illuminé ; il n'est plus effrayant parce qu'il n'est plus signe de la fin mais du commencement ; la tombe n'est pas non plus notre demeure éternelle, au contraire la porte qui y mène. ... La victoire du Christ est fondamentale; par Lui la mort a été engloutie dans la victoire (1 Corinthiens 15, 54). »[15] La résurrection du Christ a totalement changé le sens de la mort. Ce n'est plus le resultat de l'échec humain dû à la tentation de la désobéissance et de la chute. La tombe est devenue une étape vers la résurrection. Il est une étape nécessaire pour dépouiller le vieil homme et revêtir l'homme nouveau. Il est le chemin qui nous conduit à la rencontre avec le Créateur et le Seigneur. La tombe après la résurrection du Christ est remplie de la joie de la présence de la grâce de la nouvelle vie du Christ.
Écrions-nous aussi avec St. Éphrem : « Qui est pour nous, Seigneur, comme Toi ? Puissant, Qui s'est rétréci, Veilleur, Qui s'est endormi. Juste, qui s'est fait baptiser, Vivant, qui est mort, Roi, dont on s'est moqué, pour rendre honneur à tous ! Loué soit-il ton honneur ! »[16] Le Christ s'est fait tout à tous pour nous procurer le salut.
Chers frères et sœurs,
Suivons l'appel à rencontrer et à connaître le Christ comme les disciples afin de pouvoir en témoigner comme eux au monde entier : « Venez donc, toutes tribus endurcies dans les péchés, et recevez le pardon des péchés. Car Je suis ton pardon, Je suis la Pâque du salut, Je suis l'agneau immolé pour toi, Je suis ta rédemption, Je suis ta vie, Je suis ta résurrection, Je suis ta lumière, Je suis ton salut, Je suis ton roi. Je vous emmènerai au plus haut des cieux, Je vous montrerai le Père éternel, Je vous élèverai par ma justice. »[17]
Approchons-nous avec joie et un cœur pur et embrassons le Christ-Dieu : « Voici - dit St. Jean Chrysostome -, la fête désirée et salvatrice est venue, le jour de la Résurrection de notre Seigneur Jésus-Christ, fondement de la paix, le cause de la réconciliation, la cessation des guerres, le piétinement de la mort, la défaite du diable. »[18]
Posons une bonne base pour nos pensées et nos actions par la résurrection du Christ, afin que « par des actes et des paroles je puisse crier vers toi sans cesse : Tu es Seigneur et notre Dieu.»[19]
A l'occasion de la fête de la résurrection du Seigneur, rendons gloire au Christ Seigneur qui est ressuscité du tombeau le troisième jour, remercions-Le pour le don de la résurrection et de la connaissance par la foi.
Je vous souhaite à tous, en cette brillante période de Pâques, l'aide de Dieu et la bénédiction spirituelle, la paix dans les âmes et dans le monde et l'amour entre nous et entre les peuples.
« Saluez-vous les uns les autres dans un baiser de charité. Paix à vous tous qui êtes dans le Christ. Amen. » (1 Pierre 5, 14).
LE CHRIST EST RESSUSCITÉ!
Le vôtre, à tous, vous souhaitant tout le bien,
† IOAN CASIAN
Saint-Hubert / Montréal 2023
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[1] Hymne 8 (1), p. 234 dans St. Éphrem le Syrien. Hymnes De Ieiunio, De Azymis, De Crucifixione et De Resurretione (étude introductive et traduction par le diacre Ioan I. Ică jr), Ed. Deisis: Sibiu 2010
[2] Hébreux 4, 15
[3] Hymne 12 (1), p. 234
[4] La définition dogmatique de l'union de la nature divine et celle humaine dans la personne du Christ avec la préservation des caractéristiques de chacune (IV Synode œcuménique 451, Chalcédoine)
[5] Genèse 1, 28 ; 2, 15
[6] St. Méliton de Sardes. Sur la Pâques (9) dans St. Éphrem le Syrien. Hymnes..., p. 32
[7] St. Méliton (66), p. 40
[8] Hymne 16 (1), p. 235
[9] St. Jean Chrysostome. Sermon sur le dimanche de Paques, p.15 dans Sermons des Saints Peres sur les dimanches de l’année. Maison d’Edition Egumenita: Galati 2009
[10] Galates 5, 19-21
[11] Galates 5, 22-23
[12] St. Grégoire le Théologien. Sermon sur le dimanche de Paques, pp. 10-11 in Sermons des Saints Peres.
[13] St. Jean Chrysostome, p. 13
[14] Jour de la résurrection, p. 218 dans St. Nicolas Velimirovici. Sermons. Maison d’Edition Ileana: Bucarest 2006
[15] Ibidem
[16] Hymne 22 (1), p. 236
[17] St. Méliton (103), p. 45-46
[18] Sermon sur Pâques, p. 148 dans St. Jean Chrysostome. Sermons sur les fêtes royales et discours de louange aux saints, Maison d’Edition EIBMBOR: Bucarest 2006
[19] Sur le toucher de Thomas, p.128 dans St. Roman le Mélode. Hymnes théologiques. Maison d’Edition Doxologia: Iasi 2012








