Valoriser et aider les personnes âgées sont des expressions de maturité spirituelle et sociale
dans la vie de la communauté
Le Saint-Synode de l'Église Orthodoxe Roumaine a declaré l'année 2023 l'Année hommage de la pastorale des personnes âgées et l'Année commémorative des hymnographes et des chantres d'église.
L'attention aux personnes âgées, aux enfants et aux pauvres montre le degré de civilisation et la profondeur de la vie chrétienne d'un peuple. De ce point de vue, nous sommes particulièrement préoccupés par l'état d'abandon social et de désintérêt envers les personnes âgées (parents et grands-parents) que l'on observe souvent dans la société actuelle.
La communauté humaine traditionnelle s'est toujours préoccupée des personnes âgées, les considérant non pas comme un fardeau, mais comme une source de bénédiction et de sagesse, mais aussi d'amour miséricordieux, à travers leur participation à l'éducation des enfants et des jeunes.
Ainsi, l'Écriture Sainte nous parle du respect que la communauté juive témoignait aux personnes âgées. Dans l'Ancien Testament, le respect des personnes âgées s'est transformé en un commandement que chacun avait le devoir d'accomplir : « Honore ton père et ta mère » (Exode 20, 12), ou : « Devant l'homme grisonné, lève-toi, honore la face de l’homme âgé et craignez le Seigneur votre Dieu. Je suis Dieu, ton Dieu » (Lévitique 19, 32).
Celui qui ne respectait pas ses parents âgés était considéré comme un blasphémateur : « Celui qui abandonne son père est comme un blasphémateur, et maudit par Dieu est celui qui irrite sa mère » (Ecclésiaste 3, 16).
Le Nouveau Testament nous montre clairement que la sagesse des personnes âgées dépend de leur proximité avec Dieu par la prière et la vie vertueuse qu'elles mènent. Ainsi, le juste Siméon n'était pas seulement un homme savant, mais aussi un qui priait constamment, éclairée par l'Esprit Saint pour reconnaître le Messie dans l'Enfant Jésus : « Cet homme était juste et craignant Dieu, attendant la consolation d'Israël, et l'Esprit Saint était sur lui » (Luc 2, 25).
Le Juste Siméon portera dans ses bras la Parole de Dieu devenue chair et la présente comme « Lumière pour la découverte des Gentils et gloire pour ton peuple Israël » (Luc 2, 32).
On comprend, en ce sens, pourquoi le Juste Siméon devient un modèle et un protecteur des personnes âgées : il était savant, juste, craignant Dieu, patient, plein de foi et d'espérance.
La faiblesse corporelle de la vieillesse est couverte par la force de la sagesse, la richesse du savoir, la beauté de la douceur et de la bonté. En ce sens, Saint Jean Chrysostome dit : « La faiblesse du corps ne nuit en rien à la force de la foi. La parure de l'Église est les cheveux gris des personnes âgées unie à la foi ailée. L'Église en jouit particulièrement »[1]. La vieillesse doit aussi être comprise comme l'âge auquel nous approchons de la fin de notre voyage terrestre, lorsque le Seigneur Jésus-Christ nous conduit à la maison du Père céleste (cf. Jn 14, 2).
Malheureusement, aujourd'hui, il y a beaucoup de personnes âgées qui vivent dans une grande solitude, isolées de la communauté, se sentant en quelque sorte inutiles ou, de plus, traumatisées par leur propre vieillissement, elles atteignent même le désespoir.
C'est pourquoi l'Église est appelée à réfléchir à de nouvelles formes et méthodes pastorales actuelles, se rapprochant des besoins et des attentes des personnes âgées. Parallèlement, il faut aussi travailler au développement et l'éducation des jeunes pour ne pas marginaliser les personnes âgées, ne pas les abandonner et les isoler dans les centres d'aide sociale, car les jeunes et les personnes âgées ont besoin les uns des autres. Plus précisément, les personnes âgées ont besoin du réconfort et d'encouragement, et les jeunes ont besoin de la sagesse, de la patience et de la force de prière des aînés.
Les personnes âgées, par leur maturité spirituelle, peuvent beaucoup aider à préserver les valeurs chrétiennes dans notre culture, pour l'harmonie de la société et de la famille. C'est pourquoi l'Église aidera les personnes âgées à surmonter le manque de confiance, la tristesse et l'isolement qui les empêchent de participer activement et avec espérance à la vie de la communauté.
Bien sûr, en plus de l'accompagnement des personnes âgées, l'Église Orthodoxe Roumaine déploie déjà d'importants efforts pour aider les personnes âgées, à travers divers centres sociaux, actions et programmes philanthropiques.
Actuellement, 21 centres de soins de jour, 54 établissements résidentiels et 52 services de soins à domicile fonctionnent au niveau du Patriarcat Roumain, tous destinés aux personnes âgées.
En outre, le Saint-Synode de l'Église Orthodoxe Roumaine a proclamé 2023 Année commémorative des hymnographes et des chantres d'église. Si l'année 2022 a été consacrée à la prière et à l'hésychasme, comme œuvre spirituelle de prédication de la prière incessante de l'esprit et du cœur, cette année 2023, nous regardons la prière, accompagnée ou soutenue par le chant d'église, la psalmodie elle-même devenant prière communautaire.
Cela a son origine dans les Psaumes de l'Ancien Testament, comme le dit Saint André de Crète, l'un des grands hymnographes de l'Église : « David, parfois, a signifié le chant, l'écrivant comme dans une icône »[2].
Les chants contenus dans les livres de culte de notre Église sont les créations d'hymnographes inspirés par le Saint-Esprit et nous aident à comprendre le texte scripturaire comme faisant partie de la Sainte Tradition. Les textes des hymnes qui sont chantés dans les offices de l'Église Orthodoxe approfondissent et expliquent la richesse théologique de la Parole de Dieu. La musique d'église est l’Évangile chanté.
En ce sens, le Père Dumitru Stăniloae disait à propos du langage hymnographique que : « Dieu est si grand que seule la poésie peut tenter de L'exprimer »[3] [3]. La profondeur théologique et spirituelle des textes liturgiques est donnée par l’emprunt permanent des Saintes Écritures et des écrits des Saints Pères de l'Église qui ont longuement et profondément médité la Parole de Dieu.
La théologie exprimée dans l'hymnographie de l'Église est l'une des plus riches de sens et, en même temps, éclairante pour les croyants de notre Église, elle doit donc être davantage utilisée dans les sermons et la catéchèse de nos jours.
Des hymnographes tels que Saint Roman le Mélode, Saint Jean Damascène, Saint André de Crète, Saint Côme de Maiuma, Théophane le Confesseur et Joseph l'Hymnographe, Casiana et d'autres sont des compositeurs de chants d'église d'une grande beauté, du point de vue de la forme, mais aussi d'une grande profondeur théologique.
Des hymnes liturgiques ont été chantés sur le territoire de notre pays depuis le début du christianisme, et l'art ou la pratique du chant liturgique a été enseigné par de grands professeurs et compositeurs aussi bien dans les écoles fondes par les princes, comme l'École Saint Sava à Bucarest, que dans les écoles monastiques, comme ancienne école au monastère de Putna.
Nous ne pouvons passer sous silence les psaltes ou les compositeurs des chants liturgiques de notre Église, qui n'étaient pas de simples compositeurs ou interprètes, mais de véritables créateurs de culture et de langue nationale, tels que : Filothei Sin Agăi Jipei, Macarie L’Hiéromoine, Anton Pann, Ștefanache Popescu, Ioan Popescu-Pasărea et autres.
L'Année commémorative des hymnographes et des chantres d'église devient ainsi l'occasion de commémorer ceux qui ont œuvré par leur travail, inspirés par Dieu, à composer des chants d'église et à les interpréter, pour notre avancement dans la connaissance de Dieu.
Et l'Année hommage de la pastorale des personnes âgées nous invite à multiplier nos actions en faveur des grands-parents, en leur offrant un soutien concret en signe de valorisation et de communion entre les générations, entre jeunes et parents ou entre petits-enfants et grands-parents.
† Daniel
Patriarche de l'Église Orthodoxe Roumaine
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[1] Saint Jean Chrysostome, dans le tome Sermons sur les fêtes royales et discours de louange aux saints, trad. à partir de livres Grec et notes du Rév. Prof. Dumitru Fecioru, Maison d’Edition de l'Institut Biblique et Missionnaire de l'Église Orthodoxe Roumaine, Bucarest, 2002, p. 559
[2] "Le Canon de Saint André du Crete", 7e Cantique, jeudi, de la 5e semaine de Carême, dans : le Triodion, Bucarest, Maison d’Edition de l'Institut biblique et missionnaire orthodoxe, 2020, p. 427.
[3] Fr. Dumitru Stăniloae, Marc-Antoine Costa de Beauregard, Petite dogmatique parlée. Dialogues à Cernica, traduit par Maria-Cornelia Oros, Sibiu, Maison d’Édition Deisis, 1995, p. 143.








