LETTRE PASTORALE
À L’OCCASIAN DE LA FÊTE DE LA NATIVITÉ DU SEIGNEUR 2022
† IOAN CASIAN
par la miséricorde de Dieu
Évêque du Diocèse Orthodoxe Roumain du Canada
Au Clergé bien-aimé et aux fidèles orthodoxes,
paix et joie du Christ Seigneur,
et de nous la sainte bénédiction.
« Et la Vie est apparue, et nous l'avons vue, et nous vous témoignons et vous annonçons la Vie Éternelle,
qui était avec le Père et qui nous est apparu, nous vous annonçons aussi ce que nous avons vu et entendu,
que vous pouvez également partager avec nous.
Et notre communion est avec le Père et avec son Fils, Jésus-Christ. »
(1 Jean 1, 2-3)
Très Révérends Peres,
Fidèles bien-aimés,
La joie de la célébration de la Nativité du Seigneur nous envahi tous à cause de l'espérance qu'elle nous donne et de la perspective qu'elle nous ouvre par le don de la restauration de la santé et de l'intégrité de notre nature humaine, d'abord corrompue par le péché, puis progressivement affaiblie par les actes des générations qui se sont succédé au fil du temps.
L'esprit de la célébration de la Nativité jaillit de la joie de la glorification que l'Église rend au Christ, Fils de Dieu, né dans la grotte de Bethléem de la Vierge Marie.
Quelle signification l'incarnation du Seigneur a-t-elle pour nous les humains ?
« C'est notre fête, c'est ce que nous célébrons aujourd'hui - dit saint Grégoire Nazianzen; la venue de Dieu et Son temps passé avec les hommes, pour que nous vivions ensemble avec Dieu, ou pour que nous retournions à Lui (car c'est ainsi qu'il est plus approprié de dire), pour que nous rejetions le vieil homme, et pour que nous nous vetions dans le nouveau. Et comme en Adam nous avons été mis à mort, de même en Christ nous vivions, et ensemble nous nassions en Christ et ressuscitions avec Lui. Car je dois accueillir le bon retour. »[1]
Le Fils de Dieu s'est fait l'un de nous pour nous rendre, nous hommes et la création tout entière, à l'état dans lequel Dieu l'avait pensée et créée au commencement. Dieu à travers l'incarnation de Son Fils restaure une « co-naturalité » et un face-à-face de Dieu avec nous. Dieu, dans son amour et sa providence, ne nous offre pas simplement le pardon d'un acte pécheur spécifique commis à un moment donné dans le passé. Il offre à l'homme la nouvelle vie divine, une vie de communion avec Lui. Le Christ, par l'incarnation, pose les prémisses de la vie divine pour nous et nous invite à y devenir participants.
Si notre Dieu est la Sainte Trinité - Père, Fils et Saint-Esprit – c’est-à-dire communion, cela signifie qu'Il nous invite à une vie divine qui est communion; et pas n'importe quelle communion mais une communion avec Lui-même, une communion transformatrice extérieurement et intérieurement par la force de la grâce divine. Par elle, Il nous introduit dans Son intimité divine sans crainte, retenue, méfiance ou ombre d'amertume ou de regret malgré notre histoire marquée par le péché.
Par l'incarnation, le Christ pose les fondations de la nouvelle et vraie vie, la vie pour laquelle nous avons été créés et que nous ressentons progressivement comme la nôtre naturellement à mesure que nous grandissons et avançons en elle.
Comment le Christ restaure-t-Il et guérit-Il notre nature à travers l'incarnation ?
« Apprenez le mystère ! - dit saint Basile le Grand. C'est pourquoi Dieu est dans la chair, pour tuer en Lui-même la mort qui était cachée à l'intérieur. ... Celui qui règne sur la mort par la nature humaine s'est manifesté par la venue de la divinité. (...) Apprend que c'est pour cela que Dieu est venu dans la chair, parce qu'Il devait sanctifier ce corps maudit, donner de la force aux faibles, familiariser avec Lui celui qui s’est aliéné de Dieu, élever au ciel celui qui est tombé du paradis. Et qui est l’auteur de cette économie ? Le corps de la Sainte Vierge. Quelles sont les origines de la naissance ? Le Saint-Esprit et la puissance du Très-Haut, qui l’ont ombragé. »[2]
L'Incarnation du Fils de Dieu, - nous dit le grand saint cappadocien -, agit de plusieurs manières pour notre restauration et notre guérison : premièrement, Dieu abolit la mort qui s'était nichée dans notre nature et nous a séparés de Dieu ; deuxièmement, le Christ nous restitue la sainteté de Dieu, la possibilité d'y participer à nouveau, comme Il l'avait fait au début; troisièmement, par ce don et par la prise en charge de la nature humaine par l'incarnation, Dieu lui restitue sa propre vigueur et verticalité ontologique, la restaurant de l'intérieur selon le modèle du plan divin ; quatrièmement, par le péché, l'homme s'était éloigné de Dieu en s'aliénant de Lui. Dieu par l'incarnation s'approche de l'homme, le familiarisant à nouveau avec la vie divine pour laquelle Il l'a créé ; et finalement, le Christ, par l'incarnation, restitue à l'homme la place qu'il avait perdue par la chute - le paradis divin et la centralité qu'il avait au sein de la création et des créatures.
Voici la richesse des dons que Dieu nous accorde dans l'incarnation de Son Fils. C'est un chemin qui restaure toute notre nature humaine à partir de son fondement. La mort est tuée, notre nature est sanctifiée et renforcée, nous retournons à l'intimité de la relation face-à-face avec Dieu et gagnons le paradis céleste dans lequel nous trouvons l'arbre de vie et l'arbre de la connaissance du bien et du mal. La vraie vie que les Saints Apôtres ont contemplée dans le Christ est celle qui nous est offerte dans l'Église. Pourquoi dans l’Église? Parce que l'Église est le Corps du Christ et que le Christ en est la tête. Le fondement de l'Église est la personne du Fils de Dieu.
Le laboratoire spirituel et concret de notre restauration est le corps de la Vierge qui prête notre humanité pure au Fils de Dieu grâce à l'œuvre merveilleuse de l'Esprit Saint sur elle. Le Christ est « né sans passion, parce qu'Il a été conçu sans passion »[3] dit St. Grégoire Palamas.
Quelle est la conséquence de la restauration de la nature humaine ?
Le Christ accomplit la restauration de l'humanité en sa personne. La nature de l'homme devient le temple et la maison de la Parole de Dieu. Grâce à l'œuvre du Christ en sa personne, chaque homme peut devenir à son tour le temple ou l'église de la Parole de Dieu car « en eux[4] a été placée en don la majesté de la Parole créatrice, [devenant] des acclamateurs silencieux et des annonciateurs à voix haute de l'Auteur des hauts faits »[5] dit St. Grégoire le Théologien. Chaque personne réalise son but en grandissant de l'image de Dieu à Sa ressemblance. Cette croissance est à la fois tant collective, communautaire et relationnelle qu’intérieure, personnelle. Les deux ne s'opposent pas mais se complètent parce que l'Église assume et inclut les deux. « L'Église est comprise de deux manières, dans le rassemblement des croyants et dans l'unité de l'âme. Lorsqu'on fait référence à la personne humaine spirituellement, l'Église signifie toute sa composition »[6] dit St. Macaire l'Égyptien. Être Église ou Temple de Dieu, c'est être à la fois Son Église et Son Temple en tant qu'individu et en tant que communauté. Cela signifie, selon les paroles de St. Apôtre Paul, arriver à « l'unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à la maturité de l’adulte, à la mesure de la stature parfaite de Christ » (Éphésiens 4, 13). Parce que cet état signifie pour l'homme une prise en charge totale de la verticalité spirituelle de la relation avec Dieu qui lui donne la profondeur nécessaire à sa vie et en même temps une horizontalité relationnelle et harmonieuse avec le prochain. Les deux créent une communion qui est double – une avec Dieu et une avec le prochain.
L'Église signifie notre communauté, nous tous, qui bâtissons nos vies sur la base de l'œuvre de Christ accomplie pour nous. Celui qui agit en nous, c'est le Christ par la grâce. « Car maintenant élevant la nouvelle Jérusalem et bâtissant Son temple de pierres vivantes et nous rassemblant comme la Sainte Église du monde entier, Il pose à sa fondation - qui est le Christ - la source éternelle de la grâce qui coule »[7] dit St. Grégoire Palamas. La véritable Église de Dieu est créée à partir des âmes des hommes rassemblés à Son appel. L'Église est le résultat de l’action de Dieu et de l'œuvre de sa providence parmi nous.
De quelle manière l'homme peut-il entrer dans l'œuvre réparatrice du Christ et comment cela fonctionne-t-il ?
St. Macaire l'Égyptien nous montre l'importance du moment de la venue du Christ et les étapes nécessaires pour libérer l'homme de la passion, donc pour le restaurer : « Lorsque la bonté du Sauveur Jésus-Christ[8] s'est manifestée et que les années de la promesse se sont accomplies, le Christ Roi est venu pour délivrer et prendre Lui-même l'homme qu'Il a fait, qui pendant de nombreuses années a été asservi par ses mauvais maîtres, et, ceux qui ont cru en Lui et ont couru vers Lui ont été délivrés, et toute âme qui a cru et Lui a adressé des prières et qui a connu sa captivité, s'il avoue son impuissance, que par lui-même il est impuissant à obtenir la délivrance et à échapper à la captivité du diable, et s'il prie dans la douleur de son cœur, il recevra le Christ Roi venant et faisant justice[9] et détruisant les imaginations et les ruses du maître maléfique. »[10]
Pour être libéré et renouvelé, l'homme doit aller vers le Christ, Le chercher. Il y a quatre étapes ou éléments essentiels qui aident l'homme à se débarrasser des passions et à se rapprocher de Dieu : la foi, la prière, la connaissance (de soi) et la confession. Les quatre aident l'homme à recevoir à nouveau le Christ comme maître de sa vie, comme Dieu, afin que Celui-ci puisse accomplir le renouvellement spirituel. Car le Christ est Celui qui restaure tout dans notre nature humaine. La foi est ce qui maintient l'homme sur le droit chemin par la compréhension divine qu'elle lui donne de lui-même, de sa vie et du monde. La prière est le dialogue permanent avec le Créateur et la familiarité que l'homme acquiert avec l'Auteur de la vie divine perdue par le péché. Connaître l'état dans lequel se trouve l'homme, qu’est le résultat de l'œuvre purificatrice et libératrice de la grâce, fait comprendre à l'homme l'éloignement de la finalité pour laquelle Dieu l'a créé et la nécessité de grandir de l'image de Dieu à sa ressemblance. Et la confession est la manifestation de la compréhension du fait que Celui qui accomplit tout dans la vie humaine dans le sens du renouvèlement spirituel et du salut est le Christ. Je Le confesse. À travers Lui je me réalise.
St. Macaire dit que l'œuvre de libération et de renouvellement spirituel exige l'ouverture de l'homme par la foi ; mais celui qui accomplit tout est Dieu : « Et l'âme vertueuse est ainsi édifiée dans l'Église, non parce qu'elle a œuvré, mais parce qu'elle a voulu. Car ce n'est pas l'œuvre de l'homme qui sauve l'homme, mais Celui qui a donné à l'homme la force (...) »[11] et « l'œuvre est à Dieu, mais la volonté est à l'homme (...). »[12]
Chers fidèles,
L'année 2022 en tant qu’Année hommage de la prière dans la vie de l'Église et du chrétien et Année commémorative des saints hésychastes Siméon le Nouveau Théologien, Grégoire Palamas et Paisie de Neamț a été l'occasion de se rapprocher de Dieu par la prière ensemble ou individuelle guidé par les maîtres de la prière hésychaste. Nous avons appris d'eux que nous devons faire de la place à Dieu dans nos vies par la prière parce que par le péché nous L'avons chassé. Il se tient à la porte et frappe pour entrer et s’assoir à la Cène mystique avec chacun.[13] Nous apprenons à faire de la place pour Dieu dans notre cœur parce qu'Il nous a fait de la place dans Son cœur. Il a fait de nous ses amis : « Vous êtes mes amis, si vous faites ce que Je vous commande » (Jean 15, 14).
En faisant de la place à Dieu dans nos âmes, nous apprenons à faire de la place à notre prochain dans nos pensées, nos préoccupations et notre vie. Nous réapprenons à vivre notre vie selon le mode dont elle a été créée par Dieu au début. Nous apprenons ce que la bonté de Dieu signifiait et signifie. Nous apprenons aussi ce que signifie faire de la place à l'autre dans notre cœur et dans notre vie, dans nos préoccupations et notre façon d'être pour être utile. Dieu le Père s'est donné Lui-même dans son Fils pour notre salut et le Saint-Esprit nous a été donné pour notre renouvellement, aide et restauration. De la même manière, montrons en cette période marquée par la joie de l'attente de la rencontre avec le Christ lors de la célébration de la Nativité du Seigneur, le même dévouement que nous voyons s'accomplir d’une manière sensible à l'occasion de la naissance de Jésus dans la crèche de Bethléem. L'Église, le monde, a besoin de nous tous comme témoins de la naissance de Jésus à Bethléem de Judée, pour faire de ce monde un paradis céleste.
En cette occasion festive, je voudrais remercier le clergé, les responsables au niveau diocésain et paroissial, les représentants de l'Organisation des femmes (AROLA) et de la jeunesse (ROYA), les coordonnateurs du département de l'éducation et des écoles du dimanche, ainsi qu'à tous les fidèles pour leur générosité, leur esprit de sacrifice, leur persévérance dans la prière et leur responsabilité envers l'Église et la communauté. Je vous invite tous à cette même occasion à accroître le zèle spirituel, l'aide et le dévouement, la patience, la joie et la paix, l'amour, l'humilité et le courage spirituel en renforçant l'Église vers la mission et la vie renouvelée.
A l'occasion de la fête de la Nativité du Seigneur Jésus Christ, du Nouvel An et de l'Épiphanie, je vous adresse la salutation de St. Apôtre Paul : « Que la grâce du Seigneur Jésus-Christ soit avec vous! Mon amour à vous tous en Jésus-Christ. Amen » (1 Corinthiens 16, 23-24).
Une fête de la Nativité du Seigneur Jésus Christ dans la foi, la paix et la générosité !
Un Nouvel An béni !
Votre frère en Christ, suppliant constant et intercesseur dans le Saint-Esprit au Seigneur,
† IOAN CASIAN
Saint-Hubert/Montréal, 2022
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[1] Sermon 30: Sur les Théophanies ou sur la Naissance du Sauveur, p.53 dans St. Grégoire Nazianzen. Sermons festifs et moraux. La Collection Patristique. Maison d’Edition Doxologia : Iasi 2019.
[2] Homélie à l’occasion de la Sainte Nativité du Christ, p.31 dans St. Basile le Grand. Homélies uniques. Deux sermons sur le Baptême. Maison d’Edition Doxologia : Iasi 2012
[3] Homélie 58 : Sur la nativité salvifique selon la chair de notre Seigneur et Dieu et Sauveur Jésus Christ, p. 182 dans St. Grégoire Palamas. Homélies (vol. 3). Maison d’Edition Doxologia: Iasi 2021
[4] les hommes (nda)
[5] Sermon 30, p.61-62
[6] Sermon 36: Sur le Paradis et la Loi de l'Esprit, p.139, dans St. Macaire l'Égyptien. Sermons ascétiques et épîtres (vol.2). Maison d’Edition Doxologia : Iasi 2017
[7] Homélie 58, p. 186-187
[8] Tite 3, 4
[9] Luc 18, 7
[10] Sermon 61: Sur l'économie de la venue de notre Sauveur Jésus-Christ, p.334-335 dans St. Macaire l'Égyptien. Ibidem.
[11] Sermon 36, p. 139
[12] Idem, p. 140
[13] « Voici, je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui, je souperai avec lui et lui avec moi. » (Apocalypse 3, 20)








