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+IOAN CASIAN: LETTRE PASTORALE À L’OCCASIAN DE LA FÊTE DE LA NATIVITÉ DU SEIGNEUR 2021

Catégorie : Headlines
Publication : 22 décembre 2021

LETTRE PASTORALE

À L’OCCASIAN DE LA FÊTE DE LA NATIVITÉ DU SEIGNEUR 2021

† IOAN CASIAN

par la miséricorde de Dieu

Évêque du Diocèse Orthodoxe Roumain du Canada

Au Clergé bien-aimé et aux fidèles orthodoxes,

paix et joie du Christ Seigneur,

et de nous la sainte bénédiction.

 

« Mais, lorsque le moment est vraiment venu, Dieu a envoyé son Fils,

né d'une femme, né sous la loi, pour racheter ceux qui étaient sous la loi

afin que nous recevions le statut d’enfants adoptifs »

(Galates 4, 4-5)

 

Très Révérends Peres,

Fidèles bien-aimés,

 

            Nous voici arrivés à la grande fête de la Nativité du Seigneur Jésus-Christ dans la crèche de Bethléem, comme le dit la prophétie : « Et toi, Bethléem Ephrata, qui es petite parmi les villes de Juda, de toi sortira pour moi celui qui dominera sur Israël et dont l'origine remonte loin dans le passé, à l'éternité » (Michée 5, 1). La promesse de la venue du Rédempteur du genre humain que le peuple élu avait longtemps attendue, se réalise. L’attente patiente dana la foi porte enfin ses fruits. La grâce de voir Dieu dans la chair remplace les visions et les signes de l'Ancien Testament.

            Pourquoi la fête de la Nativité de Jésus-Christ est-elle si importante ?

            La réponse se trouve dans l’icos de la fête : « Bethléem a ouvert l’Éden ; venez, voyons. Nous avons trouvé́ les délices en un lieu caché ; venez, recevons les biens du paradis à l’intérieur de la grotte. C’est là qu’est apparue la racine qui, sans être arrosée, fait fleurir le pardon ; c’est là que se trouve le puits qu’aucune main n’a creusé, auquel David désira jadis de boire ; c’est là que la Vierge, ayant mis au monde son enfant, étancha aussitôt la soif d’Adam et de David. Aussi, hâtons-nous vers ce lieu où nous est né. »

            La naissance du Seigneur Jésus-Christ est l'événement à travers lequel le fondement de notre chemin vers le Paradis, vers le royaume des cieux, est posé. Le Christ est le nouvel Adam dont l'humanité restaurée et transfigurée est remplie des grâces divines du Saint-Esprit. Le Christ, en tant que nouvel Adam, renouvelle notre nature humaine à l'image et à la ressemblance de Dieu. Adam et Ève, en désobéissant au commandement de Dieu, à la suggestion du diable, tombent dans le péché et se détourne de Dieu. Bethléem est l'événement dans lequel nous recevons le pardon. C'est le moment où la désobéissance du vieil Adam est abolie et le médicament de notre guérison nous est donné en Christ. La Vierge Marie surmonte l'impuissance de la nature humaine par une obéissance parfaite et l'accomplissement de la volonté de Dieu lorsqu'elle prononce les mots « Voici la servante du Seigneur ! Qu'il m’advienne selon ta parole ! » (Luc 1, 38).

            La grotte de Bethléem est la fontaine de la grâce et de la bénédiction de Dieu d'où jaillit l'eau vive, qui est l'œuvre divine de notre rédemption et de notre restauration. Bethléem est le moment où Dieu entre dans sa création pour l'unir à Lui-même et rétablir le lien intime entre l’effort de l'homme et la puissance de la grâce divine pour la purification des passions et du péché. C'est le moment où la soif existentielle, ontologique, inlassable pour la pleine communion avec Dieu, résultant de l'éloignement de l'homme à cause de la désobéissance, est apaisée par l'union du Fils de Dieu avec la nature humaine dans l'incarnation. Bethléem est le moment où nous contemplons au milieu de nous la présence de l'éternité née indiciblement dans le temps. Dans l'événement de Bethléem, nous apercevons les prémisses de notre salut. Dans l'Enfant Jésus, né dans la crèche de Bethléem, par le repentir, nous voyons déjà le paradis et le royaume des cieux présents, selon les paroles du Saint Prophète Jean-Baptiste : « Repentez-vous, car le royaume des cieux est proche » (Matthieu 3, 2).

            Pourquoi seul le Fils de Dieu pouvait-Il accomplir cette œuvre ?

            « La raison (de l'incarnation - n.t.) - dit St. Athanase le Grand - était qu'il n'était possible à personne d'autre de transformer le corruptible en incorruptible sauf le Sauveur, qui a fait tout ce qui est au commencement. Aussi, il n'était pas possible pour quelqu'un d'autre de restaurer la nature de l'homme à l'image de Dieu autre que l'image du Père. Et il n'était possible à personne d'autre de rendre, par résurrection, le mortel immortel, si non seulement Celui qui était la Vie, c'est-à-dire notre Seigneur Jésus-Christ. Et personne n'a pas pu enseigner davantage sur le Père, et détruire la superstition des idoles si non le seul Souverain qui a tout crée et qui est le seul et unique Fils engendré du Père. »[1]

            Alors qu'est-ce que, d’après St. Athanase le Grand, signifiait inverser la tendance de l'homme de la corruption à l’incorruptibilité ? L'homme avait d'abord besoin d’être restauré à l'image et à la ressemblance de Dieu comme il l'avait été au paradis. La chute de l'homme avait tellement affecté la nature et la croissance spirituelle de l'homme que lui seul ne pouvait plus inverser la tendance à la corruption et à contrôler les passions qui avaient pénétré en lui et modifié sa vie. Par la désobéissance, la peur entre dans l'homme et il se cache de la face de Dieu.[2] Par le péché, l'homme se détourne de Dieu et perd la contemplation immédiate et directe de Dieu. Par le péché, la mort devient une réalité quotidienne de la vie humaine. La mort était la fin d'une vie vécue en travaillant avec peine et labeur.

            Afin de pouvoir guérir et corriger tout cela, il fallait que quelqu'un, qui n'ayant pas en lui toutes ces faiblesses et conséquences du péché, se les approprie, les guérisse et les transfigure, en rendant à l'homme son état naturel façonné par Dieu de toute éternité. Cette œuvre ne pouvait être accomplie que par Dieu lui-même à travers son Fils. Si Dieu a créé le monde et l'homme à travers Son Fils, il était naturel que leur restauration se fasse de la même manière à travers le Fils car Il est l'Architecte de la création et son meilleur connaisseur. Le Fils de Dieu connaissait parfaitement le Père et pouvait restaurer la connaissance de l'homme dans son authenticité : « Mon Père m’a tout donné, et personne ne connaît le Fils, si ce n'est le Père ; personne non plus ne connaît le Père, si ce n'est le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler » (Matthieu 11, 27). Il pouvait restaurer la vie de l'homme parce qu’Il était la Vie-même : « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie » (Jean 14, 6). Qui pourrait mieux parler du Père si non le Fils qui est uni à Lui ? « Le Père et Moi, nous sommes un » (Jean 10, 30). Jésus est l'image du Père selon laquelle nous, les humains, avons été créés. Il nous a enseigné les choses divines, Lui qui a habité parmi nous mais n'a jamais quitté les cieux et la communion de la Sainte Trinité. En vérité, nous pouvons dire que Dieu, qui est descendu parmi nous et en nous, a uni le ciel à la terre. La distance spirituelle entre l'homme, le monde et Dieu est supprimée dans la Personne du Christ Sauveur par l'incarnation à l'initiative du Créateur.

            Par l'incarnation, le Fils de Dieu prend la nature humaine de la Vierge Marie et la fait sienne en restaurant l'homme selon le dessein de Dieu. Vivre l'instant de Bethléem comme un événement spirituel, signifie s'élever à nouveau à la hauteur de la contemplation face à face de Dieu et de l'union avec Lui à l'image de la vie édénique. Les mages qui l'ont trouvé dans la grotte de Bethléem ont rencontré dans l'Enfant Jésus le Fils de Dieu lui-même.

            La vie du croyant est un voyage de l'Incarnation à la Résurrection. C'est un chemin de l'incarnation des vertus divines dans la vie personnelle à la résurrection spirituelle dans la vie terrestre qui s'achèvera dans la résurrection finale de tous. Alors l'incarnation verra aussi son accomplissement achevé, c'est-à-dire la nature de l'homme unie et œuvrant mystiquement de façon synergique avec la grâce du Saint-Esprit. L'homme commence ce voyage dans l'Église par le Baptême et par les autres Saints Sacrements et par la foi il intègre dans sa vie personnelle la vie nouvelle du Christ. Le don de notre rédemption, restauration et salut en Christ est un signe de la générosité et de l'amour de Dieu pour nous.

 

Chers fidèles,

            Nous traversons une période difficile de pandémie depuis plus d'un an et demi, qui nous a affecté et nous affecte tant personnellement qu’en tant que communauté. Aux craintes d'ordre médical se sont ajoutées les conséquences des restrictions sur la possibilité de pouvoir se réunir ensemble sous la protection de Dieu dans les églises pour prier et se fortifier. La solitude, la peur de l'autre comme vecteur potentiel de contamination avec de possibles effets sévères notamment pour les plus fragiles, est devenue un thème récurrent dans le discours public et dans nos rencontres. « Soyons attentifs ! » proclament les paroles de la Divine Liturgie. Faisons attention à ce qui est nécessaire. Procédons avec discernement, sagesse et prudence, mais aussi avec audace, espérance et la force de la foi, « car Dieu est avec nous » (Grands Complies).

            Nous devons avoir amour pour Dieu et foi en Lui parce qu'à travers les deux nous restons en communion avec Dieu et recevons le don de la rédemption et du salut accomplis en Christ. Mais nous devons prendre soin de notre propre vie et de la santé des autres. Ce sont aussi des dons de Dieu pour nous, dont nous sommes responsables et nous devons chercher direction et conseils à cet égard.

            Tout d'abord, nous avons besoin de reconstruire notre fraternité et notre amitié. Christ est devenu l'un de nous. Il est devenu notre frère d’après l'humanité et a appelé les apôtres ses amis : « Vous êtes Mes amis si vous faites ce que Je vous commande » (Jean 15, 14). En accomplissant les commandements de l'amour de Dieu et du prochain, nous reconstruisons notre tissu social et humain dans l'esprit de Dieu. Les paroles, les gestes, notre vie en général refléteront progressivement de plus en plus la stature spirituelle à laquelle l'homme est appelé par Dieu, c'est-à-dire être l'image et la ressemblance de Dieu.

            Le temps de la Nativité ou du Noël est un temps de générosité et de gratitude. « Alors essayons d'être comme les mages ! - dit St. Jean Chrysostome. Libérons-nous des coutumes païennes, éloignons-nous d'elles, pour voir le Christ ; que même les mages ne l'auraient pas vu s'ils n'avaient pas quitté leur pays. »[3] Détachons-nous de notre passé agité et confus et suivons comme les mages la lumière qui vient de la crèche de Bethléem de nos églises. Ils reçoivent l'Enfant Jésus. « Courons jusqu'à la maison de l’Enfant ! – continue St. Jean Chrysostome. Que notre désir ne s'éteigne pas même si les rois, les peuples et les tyrans nous coupent le chemin. De cette façon, nous pouvons éliminer tout obstacle de notre chemin. »[4] Recherchons l'Église car nous y trouverons le Christ Seigneur, né dans une crèche pauvre.

 

            Fidèles bien-aimés,

            L'année 2021 comme Année hommage pour la pastorale des Roumains vivant à l’étranger et comme Année commémorative pour ceux qui se sont endormis dans le Seigneur ; la valeur liturgique et culturelle des cimetières a été un temps de méditation sur le passé, de compréhension et d'action dans le présent mais aussi un temps de réflexion sur l'avenir. Nous avons essayé d'être généreux dans nos initiatives diocésaines et paroissiales. Nous avons essayé de comprendre et de nous inspirer de la générosité de ceux qui nous ont précédés et dont nous avons plusieurs de nos églises. Tout a été fait grâce à l'esprit de sacrifice et de diligence, de travail acharné et de patience, d'audace, d'espoir, de foi, d'humilité et de persévérance.

            Soyons généreux avec notre temps comme Dieu a été généreux avec nous ! Offrons-le à d'autres dans le besoin ! Soyons généreux en nous consacrant à la connaissance de Dieu et à la pratique de la charité ! Prodiguer de bons conseils, écouter quelqu'un qui est triste, souffrant ou en difficulté change la qualité de notre temps personnel dans un esprit d'amour et de générosité. Consacrons notre temps à nos enfants ! Apprenons-les les bases des premiers pas vers Dieu ! Dédions-le à la famille comme source de vie, de richesse humaine et d'espoir ! Consacrons-le à l'Église par la prière commune, par l'aumône, en aidant à l'agape fraternelle qui renforce la communion, en assumant des responsabilités dans les écoles du dimanche qui éduquent les enfants dans la foi ! Consacrons notre temps à la mission et à la prédication de l'Évangile qui peut changer le monde et nous apporter le salut ! Consacrons notre temps à lutter contre la méchanceté, l'envie, l'ignorance et l'isolement afin que l'image et la ressemblance de Dieu brillent avec plus d’éclat en chacun de nous.

            En cette année spéciale dédiée à tous les roumains, je voudrais remercier le clergé, les responsables au niveau diocésain et paroissial, les représentants de l’organisation des femmes (AROLA) et de la jeunesse (ROYA), les coordinateurs du Département de l’éducation et des écoles du dimanche ainsi qu'à tous les fidèles pour leur effort, dynamisme et créativité, pour leur persévérance, dévouement et sens des responsabilités.

            A l'occasion des fêtes de la Nativité du Seigneur, du Nouvel An et de l'Épiphanie, je vous souhaite que « la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ soit avec votre esprit. Amen » (Philémon 1, 25).

                        Joyeux Noël ! Un Nouvel An béni !

 

Votre serviteur, frère et ami,

priant avec ferveur pour vous et

vous souhaitant toutes bonnes choses

 

† IOAN CASIAN

 

Saint-Hubert/Montréal, 2021

 

___________

[1] St. Athanase le Grand. Traité sur l'Incarnation du Verbe. (traduction, étude introductive et notes du Prof. Dr. Dumitru Stăniloae) Maison d'édition EIBMO : Bucarest 2010, pp. 169-170

[2] Genèse 3; 8, 10

[3] St. Jean Chrysostome. Homélies à Matthieu (PSB 23). Maison d'édition EIBMBOR : Bucarest, 1994, p.96

[4] Ibidem

Notre adresse

Diocese Orthodoxe Roumain du Canada
2010 Boul. Marie, St-Hubert (Quebec) J4T 2B1
P: +1.450.812.1733, E: [email protected]

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